L'éducation à la citoyenneté dans une perspective mondiale

Réflexions soumises par Jean Hénaire

Pour essayer de cerner les responsabilités des professionnels de l'enseignement et de l'établissement scolaire en matière d'éducation à la citoyenneté, il convient d'abord, à mon avis, d'identifier les principaux repères sur lesquels cette éducation paraît devoir se fonder et qui sont susceptibles d'orienter significativement les pratiques éducatives de l'avenir. Ces repères émanent d'un discours émaillé d'injonctions, de revendications, d'observations. Celles-ci procèdent de ce qu'on pourrait appeler un diagnostic du lien social dans la mesure où l'on s'entend pour définir la citoyenneté comme une construction du vivre-ensemble.

Des injonctions

Les injonctions en question peuvent être vues comme des appels pressants visant à faire prendre conscience de l'importance de renforcer le lien social.

À cet égard, l'appel à la participation se fait entendre avec beaucoup d'insistance. Il se présente notamment comme un moyen de lutter contre une certaine indifférence observée à l'égard de la chose publique, de contrer la violence urbaine et de promouvoir, en éducation, des pédagogies actives susceptibles d'accroître l'intérêt des jeunes qui fréquentent l'école.

En second lieu, il convient également de mentionner l'importance qui est accordée à la notion d'interdépendance. Bien que celle-ci puisse prêter à de nombreuses définitions et interprétations, il n'en demeure pas moins qu'elle est présentée comme un fait constatable et dont l'économie générale, semble-t-il, est d'élargir les perspectives éducatives à un ensemble de facteurs, d'enjeux et de phénomènes qui exerceraient une influence considérable sur nos vies comme, par exemple, les effets du développement scientifique, technologique et économique à l'échelle mondiale sur les populations et sur l'environnement. C'est particulièrement dans ce registre que la conjonction du local au global pourrait être illlustrée par des méthodes d'observation de la réalité tout en initiant la ompréhension internationale.

La troisième injonction se traduit par un appel à l'adaptation au changement dans les sociétés dites en «mutation». Nombre de difficultés peuvent néanmoins surgir de ce discours telles l'incertitude face à l'avenir, des crispations identitaires, etc, d'où la nécessité, par exemple, de se doter d'appareils conceptuels permettant de gérer ces problèmes et de réduire les risques de ractionnement social. Une réflexion sur la permanence des valeurs qui fondent la citoyenneté démocratique paraît dès lors s'imposer comme une nécessité.

Des revendications

Le renforcement du lien social s'accompagne aussi de revendications.Elles paraissent nombreuses. Une des plus importantes est sans doute celle qui a trait à la volonté d'assurer l'égalité des chances dans les sociétés où l'exclusion sociale est devenue un objet de préoccupation majeure et un impedimenta à l'intégration sociale et professionnelle. Cette revendication concerne également les minorités culturelles qui, à ce chapitre, dans de nombreux pays, militent en faveur, notamment, de la reconnaisance de leurs droits culturels et plaident auprès des autorités pour que soit reconnu leur contribution à l'histoire nationale. Dans les deux cas, ces revendications s'inscrivent dans le débat sur la non-discrimination et, partant, sur les droits de la personne et des mécanismes de protection qui visent à en assurer l'application effective.

D'autres revendications méritent une attention particulière dont, entre autres, celles du savoir, du sens et du sujet. Nos sociétés développées accordent, dit-on, une importance telle au savoir que ceux et celles qui n'y auront pas accès seront à toutes fins pratiques privées des moyens essentiels d'intégration dans la vie en société et, par conséquent,exclues des centres de décisions. Ainsi, désormais, les leviers du pouvoir seront à la portée de ceux et celles qui, non seulement pourront s'inscrire dans ce procès de la connaissance, mais pourront aussi participer à sa construction.

La quête de sens revient, si on peut dire, à la surface des grandes orientations éducatives. Le fait d'affirmer l'importance du savoir reste en soi un acte incomplet s'il ne s'accompagne pas d'une réflexion sur les objectifs et les effets qu'il induit sur la vie personnelle et sociale ainsi que sur le destin de l'humanité.

Enfin, l'affirmation du sujet en tant que personne humaine originale et responsable paraît être une des revendications majeures de cette fin de siècle. Cette affirmation rappelle, entre autres, l'échec des grandes entreprises totalitaires et massifiantes de ce siècle. Elle rappelle aussi qu'en démocratie, l'individu est souverain de ses choix et qu'à l'école des pratiques différenciées favorisent la réussite personnelle et l'égalité des chances dont nous parlions plus haut.

Des observations

En dernier lieu, deux observations qui paraissent loin d'être négligeables au plan de l'éducation à la citoyenneté.

La première renvoie à l'idée largement répandue selon laquelle les jeunes se désintéresseraient de la vie politique. Il n'est cependant pas interdit de penser qu'à ce sujet, les représentations des observateurs peuvent opérer, dans certains cas du moins, comme des prismes déformants de la réalité. Néanmoins, il convient d'accorder une attention toute particulière aux rapports qu'entretiennent les jeunes aux institutions politiques et de rappeler qu'ils peuvent jouer un rôle actif et critique au plan des réponses que ces institutions apportent aux volontés et aux besoins exprimés par les citoyens.

La deuxième observation décrit notre environnement comme une réalité qui s'accroît en complexité. Pour essayer de saisir cette complexité, de nouvelles méthodes d'appréhension de la réalité sont devenues indispensables. Dans un monde où la maîtrise entière des connaissances disponibles s'apparente à un objectif illusoire, l'acquisition de bonnes méthodes de recherche et de collecte de l'information a pris une dimension capitale. «L'honnête Homme» du XXIème sera une personne de savoir, certes, mais un savoir composé de méthodes et d'outils de découverte.

La tâche des éducateurs n'a jamais été facile cependant qu'elle a toujours été au cours de l'histoire remplie de défis. Aujourd'hui, cette tâche n'est pas moins grande, mais peut-être plus exigeante par ailleurs. Dans cette société en changement qui est la nôtre, remplie d'espoirs comme d'incertitudes, de bouleversements comme de recherche d'équilibre, la formation du citoyen n'est pas tout de go une responsabilité facile à assumer. De façon toute simple, éduquer à la citoyenneté, n'est-ce pas aider les autres et s'aider soi-même à pouvoir vivre ensemble? Il n'y a ni de grandes ni de petites activités scolaires pour y parvenir. Elles sont toutes importantes, chacune à leur manière. Cela suppose cependant un travail en commun, coopératif, auquel chacun et chacune pourra contribuer et se sentir acteur à part entière. C'est, en quelque sorte, la construction du lien social au quotidien.

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