
D'un homme à la recherche de la paix
par Jean Hénaire
Vice-Président de l'EIP
Têtu dans ses idées, opiniâtre dans ses actions, cet homme qui se voulait de paix laissait parfois libre cours à sa colère. C'était une de ses manières de lutter contre le fatalisme ambiant qui se conforte dans l'idée selon laquelle la violence est inscrite dans le destin de l'humanité. Il discutait, s'animait et il lui arrivait de pourfendre. Mail il était écouté car on lisait dans ces emportements l'homme engagé. (Voir encadré)
C'est pour les enfants, par enseignants interposés, qu'il travaillait. Il comprit très tôt qu'il lui fallait s'entourer d'une équipe capable de traduire en langage pédagogique des idées d'éducation à la paix propres à intéresser les enseignants. C'est sur ceux-ci qu'il comptait pour former cette jeunesse. Un bon nombre d'éducateurs lui offrirent leur collaboration et aujourd'hui ils sont là, nombreux, à servir de relais un peu partout dans le monde.
Que reste-t-il de Jacques Mühlethaler moins d'un an après sa mort ? Une mémoire, celle d'un homme acharné qui, pendant un quart de siècle, contribua à l'expansion considérable de l'EIP dans le monde. Au nombre de ses réalisations, les cahiers de l'amitié qui rassemblent des jeunes de tous les continents, la Déclaration universelle des droits de l'homme en vocabulaire fondamental et les Sessions internationales de formation qui se tiennent annuellement à Genève, sont parmi les plus connues. Mais l'homme ne cessait d'entretenir d'autres projets. Il sentit, par exemple, l'immense chantier d'éducation à la paix que représentait l'ex-URSS et sans hésitation s'y rendit en 1992 . Et comme toujours, à même ses propres fonds. Il promouvait, à chaque fois qu'il en avait l'occasion, l'idée d'une éducation à la démocratie fondée sur la justice sociale. Son esprit de laïc convaincu le préservait de l'intolérance qu'il combattait par l'appel au dialogue et au respect du pluralisme. A ne pas s'étonner, donc, qu'il fut un des promoteurs d'une citoyenneté planétaire. Il rêvait d'une terre aux grands arbres sous les feuilles desquels la parole serait lieu de rencontres et de découvertes. Tel fut son projet. Ses fidèles amis des Citoyens du monde pourraient le dire aussi. Il nous a quittés serein et heureux de savoir qu'une relève s'était constituée au fil des ans. L'oeuvre ne disparaîtra pas avec le fondateur. Son trajet dans la vie ne s'effacera pas. Une autre époque s'amorce, s'ouvrent d'autres chantiers emprunt de sa mémoire.
Etre citoyen du monde, être mondialiste, c'est viser à jeter les bases réelles d'une citoyenneté planétaire qui passe par le développement équitable de l'ensemble des peuples et des nations qui composent l'humanité. Pour ce faire, il faut agir sur le terrain, disséminer l'information et continuer de promouvoir la pensée mondialiste auprès de toutes les instances décisionnelles, sans exclusives...
Jean Hénaire, élu au Congrès mondial des Peuples.