Retour à la page précédente
 

Bulletin École et paix juin 1994

 

JACQUES LA PAIX
CHRONIQUE

"Au fond du coeur, un idéal qui m'éclaire la nuit... il me faudra parler à beaucoup d'hommes et trouver le moyen de me faire comprendre. Même s'ils sont sourds, ils finiront par entendre !"
Jacques Mühlethaler, 1962.

Jacques Mühlethaler naît le 15 décembre 1918 à Paris, de parents Suisse et Français.

1941 La deuxième guerre mondiale fait tonner ses canons
Sous l'occupation, Jacques Mühlethaler, soldat dans une unité de chasseurs alpins à Menton. Et bien que décoré de la croix de guerre lors de la "drôle de guerre", il refuse toute légitimité au gouvernement de Vichy et décide de quitter la France. Il s'installe en Suisse. Peu de temps après, son frère aîné meurt au front. Un premier choc.

1946 Non à la guerre
Cinq ans plus tard, il fonde à Genève une maison de distribution d'éditeurs francophones et crée un département jeunesse. Qui dit jeunesse, dit livres scolaires; qui dit livres scolaires dit enseignement; qui dit enseignement a peut-être dit histoire; et qui a dit enseignement de l'histoire a souvent dit idéologies, doctrines, totalitarisme, intolérance, pouvoir et ... guerre. En 1958, alors que la guerre d'Algérie fait rage, son deuxième frère, chirurgien, perd la vie. Un second choc.
La longue quête pour le règlement pacifique des conflits par la non-violence commence. Jacques est pragmatique : "le contraire de la guerre c'est la paix. L'école publique est un terrain de prédilection pour jeter la semence de guerre... alors utilisons le même terrain pour y planter la graine de paix !" Elémentaire mon cher Jacques. Il entreprend alors un véritable tour du monde pour convaincre. Ses nombreux voyages et rencontres lui inspirent deux livres: Le voyage de l'espoir (1962) et Des USA au Japon - en passant par l'Autriche, l'URSS et la Chine populaire (1964). Quelque temps après, il rédige les Principes universels d'éducation civique.

Principes universels d'éducation civique
L'Ecole est au service de l'humanité.
L'Ecole ouvre à tous les enfants du monde le chemin de la compréhension.
L'Ecole apprend le respect de la vie et des êtres humains.
L'Ecole enseigne la tolérance, cette attitude qui permet d'accepter chez les autres des sentiments, des manières de penser et d'agir différents des nôtres.
L'Ecole développe chez l'enfant le sens de la responsabilité, l'un des plus grands privilèges de l'être humain.
L'Ecole apprend à l'enfant à vaincre son égoïsme. Elle lui fait comprendre que l'humanité ne peut progresser que par des efforts personnels et l'active collaboration de tous.

1967 Plus de crayons, moins de fusils
Désormais avec acharnement, Jacques Mühletaler va mettre son énergie au service de la Paix. Il l'épouse sous serment: "nous modidierons le contenu des manuels scolaires". Pour que son idéal devienne réalité, il fonde l'Ecole Instrument de Paix.

Les années passent. Jacques poursuit son périple en ayant sin d'avoir toujours dans ses bagages une quantité impressionnante d'exemplaires de la Déclaration universelle des droits de l'homme... Imaginez-le la distribuant aux passants de la Place rouge à Moscou, dans les années 70! Rien ne l'arrête. Infatigable voyageur, Jacques La Paix est avant tout, on s'en doute, un citoyen de ce monde...

1968 L'histoire d'un bulletin
Jacques Mühlethaler crée la revue Ecole et Paix, publication trimestrielle destinée aux membres de l'EIP et aux enseignants. En 1974, la Revue change de "look" avec Ingrid Arnesen et Monique Prindezis.
Il met en place un réseau de correspondance scolaire avec l'idée forte d'éveiller et de développer la solidarité chez les enfants. Ainsi naît Le Cahier de l'Amitié.
A partir de 1970, Jacques assume la présidence de la Ligue suisse des droits de l'homme.

1968
Editorial
Certes, la rencontre indirecte qu'est l'écrit ne vaut pas la rencontre "de visu".
Mais le pérodique a l'avantage d'agir à répétition et, par là, de raffermir
l'adhésion de l'esprit et du coeur, vite réduite à rien lorsqu'elle n'a été
suscitée qu'une fois. Voilà, en deux mots, pourquoi "Ecole et Paix" est né.
Pierre Dufresne
Rédacteur en chef

1975 Jacques Mühlethaler entreprend une grève de la faim pour sensibiliser l'opinion publique: budgets militaires toujours plus onéreux face à l'inexistence de budgets conséquents pour l'éducation à la paix. Sa grève durera un mois...

1978 La grande innovation
Jacques Mühlethaler demande à Leonardo Massarenti, Professeur à la Faculté de psychologie et des sciences de l'éducation de l'Université de Genève, de constituer une équipe pluridisciplinaire et de faire traduire, sur la base de ses travaux de recherche, la Déclaration universelle des droits de l'homme en vocabulaire fondamental.
Puis, Gérald Rion-Chabloz, Enseignant spécialisé, entreprend un travail de pionnier et traduit en braille la version simplifiée.

1979 Le congrès de Roubaix
Maison de la paix
- Jacques Mühlethaler organise le Premier congrès international sur les moyens didactiques pour enseigner les droits de l'homme. C'est l'Année internationale de l'enfant. Jacques n'hésite pas et demande à l'Union postale universelle la gratuité pour la correspondance scolaire pour tous les enfants du monde.

1980 On conjugue les droits de l'homme...
Cette méthode, adaptée à la conjugaison des verbes, prouve que tous les sujets d'enseignement peuvent favoriser et accélérer une meilleure compréhension entre les peuples.
Ce travail illustre notre volonté de faire de chaque école un véritable instrument de paix. Jacques Mühlethaler

1982 ...L'équipe se renforce...
Une évidence toujours plus forte : pour promouvoir l'enseignement des droits de l'homme et de la paix, il est indispensable de travailler en priorité à la formation des enseignantes et des enseignants. Alors, Jacques Mühlethaler forme une équipe, avec Monique Prindezis, Daniel Prémont, fonctionnaire à la Division des Droits de l'homme des Nations Unies, et Françoise Chételat, pour organiser, en collaboration avec l'Institut René Cassin de Strasbourg, la Première Session internationale de formation à l'éducation aux droits de l'homme et à la paix. L'année suivante, l'EIP organise, à Genève, la Deuxième Session : un succès.

1983 ...On forme les formateurs...
L'EIP crée alors le Centre international de formation à l'enseignement des droits de l'homme et de la paix, le CIFEDHOP. En 1987, le Centre devient une Fondation. Jacques Mühlethaler demande à Guy-Olivier Segond d'accepter de prendre la Présidence du Centre.

1984 ...et on dessine les droits de l'homme.
Les temps sont durs... Les fonds s'amenuisent. Jacques ne désarme pas pour autant et les Editions de l'EIP publient un album de dessins et de bandes dessinées, Dessine-moi un droit de l'homme. Cinquante-trois dessinateurs (Algérie, Belgique, Espagne, Italie, France, Suisse) font don de leurs talents et illustrent les 30 articles de la Déclaration universelle, ainsi que des dispositions des Pactes internationaux relatifs aux droits de l'homme, des Conventions de Genève et d'autres instruments internationaux... Les 30 000 exemplaires vendus permettent à l'EIP de reprendre son souffle...

1986 Une vraie rencontre
L'EIP rencontre les Secrétaires généraux des Commissions nationales pour l'Unesco. Parmi eux, Lamine Camara de la Commission nationale guinéenne. Quelques mois plus tard, la Guinée exprime le souhait de voir ses enseignants bénéficier d'une formation à l'éducation aux droits de l'homme et à la paix. Alpha Oumar Diallo, Directeur d'école normale, participe donc à la 4ème Session internationale de formation, à Genève. Puis, très vite, Les Cahiers de l'amitié permettent des échanges entre des écoles guinéennes, de Suisse romande, de France et de Belgique.

1988 Une première
A l'initiative d'Alpha Oumar Diallo, la Première Session régionale africaine de formation à l'enseignement des droits de l'homme et de la paix se tient à Conakry, organisée en collaboration avec le Ministère de l'information et la Commission nationale pour l'Unesco.

1989 Un an plus tard
L'équipe du CIFEDHOP reçoit le Prix des droits de l'homme de la Commission nationale consultative remis par Michel Rocard, Premier Ministre :
" Je félicite votre Centre d'avoir organisée, en août 1988, la Première Session africaine francophone de formation à l'enseignement des droits de l'homme et de la paix destinée aux enseignants des écoles primaires, secondaires et professionnelles. En vous remettant ce prix, Madame, je rends hommage à votre Centre, fondé par l'Association mondiale pour l'Ecole instrument de paix".

1991 Citoyen des Trois Chênes aussi...
Le 29 juin, Jacques reçoit le Mérite Chênois. "Le Chêne des Bourgeries est attribué à ces chênois qui oeuvrent pour que notre commune ait un coeur qui bat, une âme qui vit et des racines qui unissent. Le Chêne des Bourgeries 1991 est decerné à Monsieur Jacques Mühlethaler pour l'oeuvre de paix entreprise auprès des enfants du monde".

1992 Le Train de la Paix
Au printemps, Jacques Mühlethaler reçoit une invitation du Professeur Mikhaïl Kabattchenko, ancien Directeur de la Division de l'éducation pour la paix de l'Unesco, pour participer au Train de la paix. S'il arrive que l'on mette une voiture à la disposition d'une personnalité ou un autocar pour un groupe, dans la toute nouvelle Communauté des Etats Indépendants (CEI), c'est un train que l'on a mis à la disposition des participants pour ce fantastique voyage de la paix : près de 200 enseignants... et Jacques Mühlethaler avec ses 40 kilos de documentation de l'Ecole instrument de paix !

1993 Jacques la Paix "le petit frère de Comenius"...
Ecrivain et humaniste tchèque, Comenius (1592-1670) fut l'un des fondateurs de la pédagogie. Dès le début du XVIIème siècle, il soulignait l'importance de l'alphabétisation et préconisait l'enseignement universel pour les garcons et les filles et défendait le principe de l'égalité d'accès à l'instruction, sans distinction de religion, de classe ni même d'aptitude". Lors de la célébration du 400ème anniversaire de sa naissance, les autorités tchèques et l'UNESCO créent (1992, Bratislava) la Médaille commémorative Jan Amos Comenius. Le 5 novembre 1993 elle est décernée, pour la première fois, par Federico Mayor, Directeur général de l'Unesco. Jacques Mühlethaler la reçoit.

1994 La Paix, un totem
Le dictionnaire (Larousse) nous précise que le totem "est un animal ou un végétal (rarement une chose) considéré comme l'ancêtre et, par la suite, comme le protecteur d'un clan, d'une tribu..." . Pour Jacques Mühlethaler ce sera résolument la Paix.

Jusqu'au bout...
Alors qu'il vient d'achever son dernier livre Un chemin plein de lumière, il rédige son oraison funèbre, confie à Pierre Adossama le soin de la lire le jour de ses obsèques et nous surprend une dernière fois. Sans aucun doute, sa manière à lui de nous adresser un vrai salut...un petit signe de la main.

"Les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix".
(Unesco, Acte constitutif)

Retour au sommaire du bulletin 1994

Retour à l'historique du mouvement

Copyright 2009 EIP Tous droits réservés