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Bulletin École et paix Juin 1993

Rapport de la mission pédagogique de l'EIP

par Michel Bastien,Inspecteur de l’enseignement, Belgique

Christian Staquet, Président de l’EIP Belgique,

Yves Lador, Vice-Président de l’EIP

1. - LES OBJECTIFS DE LA MISSION

À la demande de la Fédération ethnique des Rom de Roumanie, l’EIP a effectué une sensibilisation à l’éducation interculturelle, basée sur le vocabulaire simplifié de la Déclaration universelle des droits de l’homme, pour les enseignants de la localité de Kogalniceanu (Nord de Constanza), où des tensions sociales avaient débouché sur des actes violents, afin que les écoles ne soient pas des lieux d’exclusion et de conflit.

Durant une semaine, des activités pédagogiques actives ont été réalisées avec des groupes d’élèves, qui visaient à faire émerger les notions de droits de l’homme, de respect et de tolérance.

2. - PREMIERE JOURNEE D’ACTIVITE AVEC LES ELEVES

Nous avons reçu un premier groupe d’élèves de l’enseignement secondaire. Il s’agissait d’adolescent(e)s de 13-14 ans. Ce groupe participa aux quatre jours de formation. Avec ces élèves, nous avons débuté par des premiers exercices de stimulation, de présentation et de formation de groupe. Le travail avec les adolescent(e)s fut satisfaisant malgré le comportement figé des élèves. Au-delà des premières réponses conventionnelles, la personnalité des adolescent(e)s est rapidement apparue, avec leurs rêves de voyages, de découvertes et leur aspiration à la liberté.
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3. - DEUXIEME JOURNEE

Le deuxième jour, nous avons pu passer à l’étape suivante: l’approche positive de soi et des autres (carte d’identité personnelle positive; définition des règles de fonctionnement du groupe: écoute active, participation, respect et tolérance).

Au cours de l’animation, nous avons pu observer le comportement de deux élèves rom qui venaient d’être intégrés dans le groupe de base. Visiblement, ils ne respectaient pas les consignes de travail en commun, ce qui semblait fort bien convenir aux autres élèves, qui jamais n’ont eu de geste d’ouverture envers eux.

Partant de ce constat, nous avons décidé de faire un exercice basé sur l’échange et la confiance: prendre un objet personnel auquel on tient beaucoup et le confier à quelqu’un. Une chaîne d’échange se forme donc et l’exercice se termine quand chacun a récupéré son objet. Dès le départ, les deux élèves rom ont fait circuler entre eux leur objet. Nous sommes intervenus en confiant à l’un d’eux une de nos montres et en donnant, quelques instants plus tard, un bracelet que nous venions de recevoir d’une jeune fille. Ainsi, les deux élèves rom pouvaient participer à l’échange. À la fin de l’exercice, tout le monde a constaté que chacun avait retrouvé son objet et que l’on pouvait faire confiance aux autres. Cet exercice a modifié totalement l’attitude des élèves et, durant la suite de l’animation, les Rom se sont parfaitement intégrés au groupe, en respectant toutes les consignes. Les autres élèves ont d’emblée accepté de travailler avec eux. Pour nous, un grand pas venait d’être franchi quant aux objectifs de notre mission.

4. - TROISIEME JOURNEE

Nous avons introduit des exercices de pédagogie de la coopération pour étudier la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, en vocabulaire fondamental (texte qui avait été traduit en roumain). Cet exercice a très bien fonctionné et a été suivi par celui de l’échelle personnelle des valeurs. L’ambiance était très studieuse. Tous les élèves ont participé activement à l’ensemble des exercices et la pédagogie de la coopération a permis de réaliser une remarquable intégration de tous les élèves, sans aucune discrimination.

5. - QUATRIEME JOURNEE

La séance de l’après-midi a été la plus difficile à gérer. Nous avons rappelé aux élèves qu’ils avaient eu la chance de participer aux quatre jours de formation et de découvrir ainsi l’existence et le contenu de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Nous leur avons proposé un exercice de créativité par groupes de quatre (pédagogie de la coopération) afin de permettre à l’ensemble des élèves de comprendre le sens de leur travail et le contenu de la Déclaration. L’idée était d’enrichir la petite exposition de dessins sur le thème de la paix, exposée dans le couloir central de l’école, que les enfants avaient préparée à l’occasion notre venue.

Parallèlement, il se préparait dans l’école une petite fête pour marquer la visite de l’EIP. Les répétitions avaient lieu dans la salle voisine. Les chants et les accords de l’accordéon couvraient presque les discussions avec les élèves pendant l’exercice. Toutefois, les productions ont pu être réalisées et une présentation mutuelle a pu se faire.

Il était curieux de remarquer à quel point les élèves ont effectivement coopéré dans la phase de recherche et de réflexion sur le contenu de la Déclaration universelle des droits de l’homme, alors que leurs représentations artistiques, contrairement aux consignes, sont restées individuelles. Le résultat d’ensemble a été remarquable et a répondu aux objectifs: la réalisation d’une production graphique pour sensibiliser et informer l’ensemble de la communauté éducative sur le thème de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

6. - PROLONGEMENTS ESPÉRÉS

Une mission d’une telle importance ne doit pas rester sans suivi car elle a suscité beaucoup d’espoir et d’attente de la part des enfants, mais aussi de quelques enseignants. Aussi, dès notre retour, nous avons informé le Comité directeur de l’ÉIP de deux projets auxquels nous pourrions donner suite :

- à la demande du Directeur de l’École de Mihaïl Kogalniceanu, fournir une aide matérielle et pédagogique au développement du Musée de l’École;

- en fonction du soutien des autorités académiques, poursuivre le travail commencé dans le cadre de l’école de Mihaïl Kogalniceanu.

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