RAPPORT-SYNTHESE
sur le séminaire d’experts organisé par l’EIP et le BIE
Genève, les 18, 19 et 20 octobre 2000






I. INTRODUCTION

    1.1 Objectifs du séminaire

    Ce séminaire d’experts avait pour objectifs :

  • de définir les rôles respectifs et complémentaires du BIE et de l’EIP dans le cadre de ce projet ;
  • d’identifier les principaux objets de l’observatoire ;
  • d’examiner les principales logiques en cause ;
  • d’échanger sur des approches méthodologiques permettant d’assurer une base scientifique aux travaux à réaliser ;
  • d’examiner des applications informatiques permettant de structurer et de diffuser l’information ;
  • de proposer des actions possibles à réaliser pour la période 2000-2002.

    1.2 Les experts

    Le Bureau international de l’éducation, représenté par sa directrice, Cécilia Braslavsky,  et de Massimo Amadio, spécialiste de programme ; Hoang Bao, chargé de la banque de données du BIE ; Isabel Byron, de la banque de données Innodata ; Felicity Nacereddine, chargée de l’archivage et du site Web du BIE ; Saskia Rozemeijer, chargée de projets ; Véronique Debellemanière  et Geneviève Edmond.

    L’Association mondiale pour l’Ecole instrument de paix, représentée par Monique Prindezis, Secrétaire générale et des membres-experts du réseau de l’EIP : Ramdane Babadji, juriste ; Gisella Cellina, responsable de projets ; Suzanne Gall, consultante en ressources humaines ; Verdiana Grossi, historienne ; Jean Hénaire, socio-pédagogue et Directeur des publications du CIFEDHOP ; Yves Lador, conseiller auprès d’organisations internationales ; Olivier Veyrat, spécialiste en formation et en développement organisationnel ; Michel Vuille, sociologue et Véronique Truchot, spécialiste en sciences de l’éducation et responsable du site WEB de l’EIP.

    Ont également participé au séminaire au titre d’experts externes : Madeleine Gauthier, professeure-chercheure, coordonnatrice de l’observatoire "Jeunes et société", INRS-Culture, Université du Québec ; Beatriz Santiago, du Ministère argentin de l’Éducation nationale ; Usha Vyasulu, Directrice du Commonwealth Educational Media Centre for Asia ; Alfredo Rojas, Bureau régional de l’éducation de l’UNESCO pour l’Amérique latine et les Caraïbes.

    Madame Martine Brunschwig Graf, Présidente du Département de l’Instruction publique de la République et Canton de Genève, pour des échanges avec les experts, à la fin de la première journée du séminaire.

II. MISE EN CONTEXTE

La tenue de ce séminaire est le résultat de projets respectifs du BIE et de l’EIP, qui ont convergé vers une intention commune, celle de la création d’un observatoire sur l’évolution des politiques éducatives, des contenus de l’enseignement et de la formation des maîtres en matière d’éducation aux droits de l’homme, à la paix et à la citoyenneté démocratique.

En janvier 1999, le Conseil du Bureau international de l’éducation, lors de sa quarante-cinquième session, déposait une esquisse de projet relatif à la préparation d’une plate-forme d’échange d’information sur le contenu de l’éducation (UNESCO/BIE\C.XLV/Inf.5. Genève, le 30 décembre 1998). Ce projet voulait s’inscrire dans "l’une des activités de fond du BIE, dans son nouveau rôle de centre international de contenu de l’éducation et qui relierait entre eux les usagers potentiels de l’information éducationnelle dans le monde, à travers l’utilisation des réseaux informatiques dans la collaboration à la recherche, l’échange d’information, le partage des ressources et la communication." Pendant la première phase de développement de la plate-forme, il était prévu que "la priorité serait donnée aux thèmes prévus dans le programme-cadre du BIE : l’éducation civique, l’éducation aux droits humains, les langues et les cultures, l’histoire et la géographie, et les sujets environnementaux."

Pour l’EIP, la tenue de ce présent séminaire est l’aboutissement d’un projet qui fut élaboré en 1999. Ce projet comportait trois étapes. La première consistait à tenir des États généraux sur l’éducation à la paix et aux droits de l’homme en vue de faire le bilan d’une telle éducation dans le monde et d’en communiquer les résultats au Haut Commissaire aux droits de l’homme dans la mouvance de l’évaluation qu’il conduit relative à la décennie des Nations Unies pour l’éducation aux droits de l’homme. La deuxième étape consistait en la publication des résultats des travaux issus de ces États généraux. En tant que prolongement à ces deux premières activités, il fut envisagé, troisièmement, la création d’un observatoire permanent en matière d’avancées ou de reculs de l’éducation aux droits de l’homme et à la paix dans le monde et d’intégration de cette éducation dans les nouveaux curricula.

Compte tenu que les projets respectifs du BIE et de l’EIP faisaient ressortir des intérêts partagés, il fut convenu entre les deux organisations d’explorer ensemble des voies d’avenues possibles en vue de mettre en commun les énergies déployées et d’envisager de concert la création d’un observatoire. Au terme de quelques rencontres conjointes, un projet d’accord-cadre de collaboration fut entériné par les deux parties, le 13 avril 2000.

Cet accord-cadre de collaboration prévoit de faire mieux connaître aux décideurs, aux chercheurs, aux spécialistes du développement des programmes d’études et aux enseignants les politiques et pratiques éducatives relatives à l’éducation aux droits de l’homme, à la paix et à la citoyenneté démocratique, et contribuer à la prise de décisions, à l’orientation de la recherche et à l’apprentissage de vivre ensemble. Pour la période 2000-2002, deux types d’activités sont prévues. La première consiste en la constitution d’une plate-forme interactive (d’un lieu d’observation), réunissant les informations sur les programmes d’études et les méthodes d’enseignement permettant ainsi aux usagers un accès rapide, par les moyens électroniques, aux ressources curriculaires dans le monde. Avant de recommander l’usage de cette information, cette dernière devra être évaluée/validée par les experts du BIE et de l’EIP. Les premiers résultats seront mis à la disposition des usagers à l’occasion de la 46e session de la Conférence internationale de l’éducation en septembre 2001. La seconde activité prévoit, sur la base de l’information recueillie, une analyse approfondie, sous forme notamment d’études de cas, de certaines expériences et de programmes novateurs.

III. ÉLÉMENTS DE DISCUSSIONS

    3.1 Points d’ancrages institutionnels

    Le projet d’observatoire s’inscrit dans un double cadre institutionnel : celui de l’EIP et celui du BIE. La compréhension des rôles et mandats respectifs des deux organisations doit permettre de mieux identifier les plages communes de travail, notamment les activités distinctes. Se pose dès lors la question de savoir comment une organisation internationale gouvernementale et une organisation internationale non gouvernementale peuvent conjuguer leurs efforts pour atteindre cet objectif. Pour l’EIP, observer c’est agir sur la décision politique dans le sens qui est le sien, mais à partir de principes éthiques et d’un corpus de référence qui est donné par les règles du droit international des droits de l’homme en matière d’éducation. Cela revient, notamment, à attirer l’attention sur les pratiques qui ont cours en ce qu’elles ont d’incompatibles avec ce corpus de référence. Dans une optique convergente, le BIE vise le développement des capacités ("capacity building") et de l’expertise collective, qui s’inscrivent dans une logique de promotion des contenus et des méthodes de l’enseignement en vue d’un "mieux vivre-ensemble". Par ailleurs, les deux organisations favorisent la mise en réseau des connaissances et des expériences, d’où la pertinence d’un observatoire.

    La qualité scientifique des analyses à réaliser et des résultats à produire ainsi que la volonté de cultiver le dialogue constant apparaissent comme des points de repères essentiels à la bonne compréhension mutuelle. Il est, par ailleurs, reconnu de part et d’autre que, compte tenu des obligations respectives de l’EIP et du BIE, des activités parallèles pourraient se développer tout en insistant sur le fait que des passerelles devront être construites de manière à maintenir les liens d’échanges qui sont à l’origine du projet. À titre d’exemple, l’EIP et le BIE pourraient obtenir des informations de leurs propres sources et définir un dénominateur commun.

    3.2 Définitions, logiques et objets

    Le mot " observatoire ", quel que soit le domaine auquel il s’applique, évoque tout de suite un certain nombre de fonctions qui font intervenir un aller-retour dialectique et continu entre un objet théoriquement construit et le terrain des faits. Au nombre de ces fonctions, on retrouve : la collecte de l’information, l’analyse de cette information, l’élaboration d’instruments d’analyse du domaine considéré, la diffusion de l’information aux personnes et institutions les mieux à même d’en tirer profit. Par ailleurs, la collecte de l’information n’a de sens qu’en fonction d’une finalité préalablement définie et d’outils conceptuels qui permettent d’appréhender le réel que l’on se donne pour ambition de cerner.

    Dans un pareil projet, plusieurs logiques seront mis à l’œuvre. Celles-ci renvoient à la prise de décision sous un éclairage pertinent fourni par les travaux de l’observatoire (une logique de pilotage de systèmes), à la réalisation de travaux à partir de fondements épistémologiques et méthodologiques éprouvés (logique scientifique) et à une démarche empirique en œuvre sur le terrain (logique d’action).

    Les principaux objets de l’observatoire sont présentés dans l’Accord-cadre de collaboration. Ils concernent les orientations des nouvelles politiques éducatives, les contenus curriculaires et les programmes de formation initiale et continue des enseignants et des enseignantes et ce, en matière d’éducation aux droits de l’homme, à la paix et à la citoyenneté. Ces objets recouvrent un large éventail de termes et de concepts qu’il conviendra de définir avec soin.

    3.3 Constitution et analyse d’un corpus de données

    À ce chapitre et pour éviter les doublons, il est important  :

  • de connaître ce qui existe déjà ;
  • de bien identifier ce que l’on souhaiterait trouver ;
  • de repérer les lieux où se trouve l’information recherchée.

    Le BIE et l’EIP disposent d’une ensemble de données qui permettent déjà des débuts d’analyse sur les innovations dans les domaines qui intéressent les deux organisations. Des échanges périodiques d’information devraient être organisées.

    Si des données existent déjà, d’autres seront à construire à partir de l’observation de divers terrains de pratiques éducatives et de gestion, entre autres. Des indicateurs de contexte pourraient être développés. Une analyse fine des innovations invite, par ailleurs, à développer des analyses qualitatives qui s’inscrivent dans la dynamique de la recherche interprétative. D’autres analyses pourront être également conduites, notamment de nature longitudinale, de contexte, comparative et statistique.

    3.4 Création d’une plate-forme informatique

    La nature ainsi que la portée et la limite de cette plate-forme auraient avantage à être précisées ; pour l’EIP, elle s’apparente à un support informatique de diffusion des travaux d’un observatoire et, à ce titre, pourrait très bien s’intégrer dans l’économie générale de son site WEB. Pour le BIE, l’entreprise paraît plus coûteuse et sa création commanderait des travaux de programmation ; son utilité serait étendue à un centre informatisé de documentation et à des activités de formation à distance.

    D’autres questions concrètes sont soulevées. Celles-ci concernent les coûts d’accès à l’internet, qui varient substantiellement d’une région du monde à l’autre, voire d’un pays à l’autre. Pour l’EIP, une plate-forme trop sophistiquée, qui demande des applications lourdes, serait difficile d’accès pour une large part des intéressés potentiels.

    3.6 Financement et gestion de l’observatoire

    La mise sur pied d’un observatoire nécessite des investissements en personnel, en infrastructure et en matériel. Pour assurer la viabilité d’une telle entreprise, un financement récurrent paraît nécessaire. Actuellement, le budget de démarrage octroyé par le Département de l’instruction publique de la République et canton de Genève ne permet que la tenue de ce séminaire, la production d’un rapport-synthèse et de quelques travaux exploratoires relatifs aux objets d’études de l’observatoire.

    D’autre part, il conviendrait d’assurer une certaine permanence aux activités de l’observatoire, qui se traduirait en la possibilité de disposer de ressources humaines affectées à des tâches de coordination et de vigie.

    Dans ces perspectives et conformément à l’Accord-cadre de collaboration, l’EIP et le BIE devraient conjuguer leurs efforts en vue d’obtenir des budgets conséquents.

IV. PROPOSITIONS DE CHANTIERS À DÉVELOPPER

La dernière demi-journée du séminaire a été consacrée à l’identification de projets à réaliser au cours de la période 2000-2002.

Pour le BIE, il importe de réaliser une activité prioritaire en vue de la tenue de la Conférence générale, en septembre 2001. Le projet consiste à produire, à l’attention des Ministres de l’éducation, une vidéo illustrant quatre ou cinq expériences éducatives innovantes en matière d’éducation à la citoyenneté et de "vivre-ensemble".

L’EIP, pour sa part, a présenté trois projets qu’elle entend réaliser dans les temps impartis, en conformité avec l’Accord-cadre de collaboration. Le premier projet consiste en l’organisation d’une rencontre sur la production de statistiques et d’indicateurs ; le deuxième a pour objet l’élaboration d’un champ conceptuel et d’un lexique destinés à cerner et à mieux définir le thème "Apprendre à vivre ensemble dans une société démocratique" en particulier à travers l’éducation aux droits de l’homme, à la paix, à la citoyenneté et aux pratiques citoyennes ; le dernier vise la création d’un "mini-portail " consistant en l’élaboration d’une page WEB sur le "vivre-ensemble" et de "bonnes pratiques éducatives identifiées dans le monde" (Voir en annexe).

V. CONCLUSION

Ce séminaire a réuni des personnes issues de cultures organisationnelles différentes ne partageant pas nécessairement, au départ ni les mêmes objectifs ni les mêmes modes de fonctionnement. Pour mener à bien ce projet d’observatoire, l’appropriation d’une commune intention est apparue comme la condition première de la réussite de l’entreprise. À cet égard, l’Accord-cadre de collaboration, comme il a été rappelé à plusieurs occasions, demeure le point de référence à partir duquel des résultats tangibles peuvent être attendus. À cette fin, des collaborations EIP-BIE sont déjà prévues, notamment aux plans de l’analyse conjointe d’expériences éducatives novatrices, du partage d’expertises en matière de sélection et de collecte de données et de la participation de l’EIP à la prochaine Conférence générale du BIE, en septembre 2001. En outre, des rencontres périodiques entre les deux organisations devraient permettre d’asseoir le plus concrètement possible les bases de l’observatoire et de préciser les responsabilités de chacun.

 

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