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ET DU PROJET BIE-EIP EN PARTICULIER : QUELQUES PISTES DE RÉFLEXION Communication présentée par Jean Hénaire, de lEIP, à loccasion du séminaire conjoint BIE-EIP, Genève, 18-20 octobre 2000.
Daprès le Dictionnaire historique de la langue française (Le Robert), le terme dobservatoire a dabord désigné, au dix-septième siècle (1667), un établissement scientifique destiné aux observations astronomiques et, un peu plus tard, météorologiques. Vers les années 1780, son sens sélargit pour désigner tout lieu doù on peut observer et, depuis la fin du dix-neuvième siècle, spécialement dans un contexte militaire. Aujourdhui, les observatoires ratissent beaucoup plus large (y compris le désir dinventer du "futur en temps réel" - LObservatoire pour létude de luniversité du futur. Une navigation sur le web a permis den répertorier presque une centaine. Ce tour dhorizon révèle principalement que ces observatoires connaissent un développement somme toute assez important dans les domaines de léducation, des sciences économiques et politiques, des technologies de linformation et de la communication sans négliger ceux consacrés à la situation des droits de lhomme. Dans la plupart des cas, les intentions qui président à la création des observatoires sexpriment de la manière suivante :1) améliorer la connaissance et la compréhension dun phénomène, dun sujet (ex. : la sécurité des établissements scolaires ; la situation des droits de lhomme dans le monde ou dans une partie du monde ; lévolution de lemploi sur une période donnée) ; 2) agir sur lenvironnement en vue de susciter un changement de la situation observée (améliorer la sécurité des établissements scolaires ; promouvoir le respect des droits de lhomme ; construire des indicateurs permettant de mieux apprécier et gérer la mobilité professionnelle) ; 3) susciter la collaboration - des partenariats- ; 4) disséminer linformation ; 5) créer des réseaux déchanges. Certains observatoires sattribuent par ailleurs un rôle de surveillance ("monitoring", en anglais) ; cette attribution est particulièrement pregnante lorsquil sagit dobserver des phénomènes sensibles tels la situation des droits de lhomme (United Nations Watch - http://www.unwatch.org/), la consommation de drogues ou la violence à lécole. En éducation et en matière de droits de lhomme, domaines qui nous intéressent plus particulièrement, le nombre dobservatoires est, pour ainsi dire, florissant. Les objets de connaissance sont par ailleurs fort diversifiés, cependant quen éducation, en particulier, la recherche de linnovation est privilégiée dans nombre de cas. Ce sur quoi il faudrait dailleurs se pencher tant ce terme peut prêter à diverses interprétations. Ainsi, par exemple, lUnesco et le PNUD, définissent linnovation comme une solution particulière à un problème bien circonscrit ("Enseignement : innovations et réformes"). Selon Françoise Cros ("Lillusion de linnovation"), "Linnovation est de plus en plus présente dans les écoles où le savoir sort de son sanctuaire, est relativisé et où ce qui est recherché est de posséder des attitudes mentales et sociales susceptibles de juger, de raisonner et de savoir séparer la fausseté de vérités à travailler." Et, du côté de lOCDE, linnovation sapparente à la recherche de nouveaux modèles pour lécole de demain ("Les écoles innovantes". Centre pour la recherche et linnovation dans lenseignement, Paris, 1997). Par ailleurs, lhistoire relativement récente des observatoires en sciences humaines et sociales ne peut nous autoriser pour linstant à dire deux quils constituent dans tous les cas des structures éprouvées ; disons plutôt quils se présentent comme des chantiers en évolution aux objets scientifique, politique et pratique pas toujours clairement identifiés, pour faire allusion aux propos de Régine Sirota, auteure dun article récent sur la notion dobservatoire-laboratoire ( In : "Autour du comparatisme". Paris : PUF, à paraître) . Ce "work in progress" ne comporte-t-il pas cependant des avantages comme, par exemple, le fait de pouvoir cheminer hors des sentiers battus et de laisser aux acteurs lespace et le temps nécessaires pour susciter de nouveaux questionnements ? En vue de favoriser le rapprochement entre le chercheur, le politique et le praticien, plusieurs observatoires sont le fruit de partenariats. Mais on imagine facilement la complexité que représente la mise en place dun tel dispositif induit par des partenaires aux objectifs et aux réseaux exprimant des cultures organisationnelles et des intérêts différents. Comment, alors, induire une synergie au sein dune structure participative où chercheurs, décideurs et praticiens peuvent partager leurs logiques (scientifique, de pilotage dun système et daction) et mobiliser leurs compétences respectives sur la base dune communauté dintérêts ? Un observatoire peut être aussi un lieu doù sont disséminés linformation et les résultats de travaux exécutés. Mais dans ce cas, quel niveau de discours tenir selon que lon sadresse à un public circonscrit ou à lopinion publique en général ? Quelles sont les ressources humaines, techniques et informatiques nécessaires à la construction dun dispositif déchanges interactifs permettant de susciter des questionnements, des débats, des mises à jour à lattention de tous les intéressés susceptibles de se manifester ? Ces quelques observations densemble ont pour but de mettre en perspective ce projet conjoint BIE-EIP de création dun observatoire sur lévolution des politiques éducatives, des contenus de lenseignement et de formation des maîtres en matière déducation aux droits de lhomme, à la paix et à la citoyenneté démocratique. Ce projet nourrit de grandes ambitions. Dabord, en raison même des objectifs quil poursuit ; mais aussi en fonction des énergies quil commandera et des exigences auxquelles il nous convie. Dans lAccord-cadre de collaboration, signé le 13 avril dernier, il est écrit que ce projet a pour objectifs, premièrement, de faire mieux connaître aux décideurs, aux chercheurs, aux spécialistes du développement des programmes détudes et aux enseignants les politiques et pratiques éducatives relatives à léducation aux droits de lhomme, à la paix et à la citoyenneté démocratique, et, deuxièmement, de contribuer à la prise de décisions, à lorientation de la recherche et à lapprentissage de vivre ensemble. On peut attribuer aux termes de "faire mieux connaître" le sens dun diagnostic. Cette formulation sous-entend soit lidée dinsuffisance, soit celle dinsatisfaction, soient les deux. Si cette hypothèse est fondée, cela signifierait que des lacunes sont observables, notamment dans la transmission de linformation - et peut être aussi au plan de la qualité des données disponibles - et quil faudrait pallier. Si tel était le cas, il conviendra, avant de remédier à la situation, de tracer un portrait descriptif des problèmes rencontrés et de tenter den identifier les principales causes. Deuxièmement, il est avancé que ce projet dobservatoire contribuera à la prise de décisions, à lorientation de la recherche et à lapprentissage du "vivre-ensemble". À cet égard, nul doute quil faudrait dabord se demander de quels types de prises de décisions il sagit et identifier par la suite les conditions qui en favoriseront lapplication effective. Pour ce qui est de lorientation de la recherche, il faudrait voir sur quelles bases déterminer des axes propres à susciter les questionnements, la création doutils conceptuels et leurs applications à tel ou tel domaine de lactivité scientifique et de leur prolongement sur le terrain. Quant à lapprentissage du "vivre-ensemble", lintention suggère que nos activités à venir doivent favoriser le développement du lien social et, partant, de la citoyenneté démocratique. Cela devrait, à mon avis, nous conduire à examiner des réalités à la lumière des efforts consentis en vue de promouvoir, par léducation, les droits de la personne. Aussi, le contenu de cet Accord-cadre repose, me semble-t-il, sur quatre logiques: une logique de diffusion (le faire mieux connaître) ; une logique politique (entendue au sens de prise de décisions interinstitutionnelle) ; une logique scientifique et, enfin, une logique daction (puisque nous serions amenés à examiner des pratiques de terrain et à travailler de concert avec les acteurs concernés). Il nous appartiendra dassurer la complémentarité de ces logiques. Dans lAccord-cadre, les activités prévues pour la période 2000-2002 sont de deux types : 1) "constitution dune plate-forme interactive (dun lieu dobservation), réunissant les informations sur les programmes détudes et les méthodes denseignement permettant ainsi aux usagers un accès rapide, par les moyens électroniques, aux ressources curriculaires dans le monde" ; 2) "sur la base de linformation recueillie, lanalyse approfondie, sous forme notamment détudes de cas, de certaines expériences et de programmes novateurs, sera effectuée et les résultats diffusés." Ce projet de programme dactivités a pour aboutissement laccès à distance aux ressources curriculaires et aux résultats danalyses dexpériences et de programmes novateurs. Dentrée de jeu, quelques questions méritent ici dêtre posées: quel corpus constituer et comment ? Quoi sélectionner et analyser, pourquoi et comment ? Quoi diffuser et comment ? Il sera par ailleurs nécessaire de partager des définitions communes de termes afin de circonscrire le mieux possible nos objets danalyse. Ainsi en est-il, par exemple, du terme curriculum. Dans la francophonie, ce mot a été longtemps synonyme de "programmes scolaires". Par ailleurs, une autre acception du terme, inspirée de la littérature anglo-américaine, est aujourdhui fréquemment utilisée, dans un sens plus large, par les chercheurs francophones en sciences de léducation, mais aussi dans le langage de la pédagogie. Ainsi, le curriculum peut être entendu comme lensemble structuré des expériences denseignement et dapprentissage, ce qui inclut, effectivement, les programmes détudes, mais également les modes dévaluation, les méthodes denseignement, les stratégies didactiques, le matériel pédagogique de même que les activités complémentaires à lenseignement. ( Voir : Legendre, Renald (1993). "Dictionnaire actuel de léducation", Montréal et Paris : Guérin/Eska) On comprendra dès lors facilement que le choix dune définition a des effets substantiels sur la sélection de contenus et de leur analyse. Il nous faudra aussi parler de "plate-forme interactive". Nétant pas très au fait de la question, je me limiterai à souligner que, dans lAccord-cadre, ce terme est plus ou moins explicité par les termes contenus dans la parenthèse qui le suit : "lieu dobservation". Quelle forme concrète ce "lieu" prendra-t-il et où se situera-t-il (puisquil sagit bien dun "lieu")? Jignore si ma façon de poser la question est la bonne, mais je ressens autant la nécessité de bien distinguer les objectifs de lobservatoire que jaurais tendance à situer dans lordre des finalités de ceux de la plate-forme que je vois plutôt dans lordre des moyens. Pour ce qui est de "lanalyse approfondie sous forme détudes de cas, de certaines expériences et de programmes novateurs", je crois que cette analyse prend tout son sens si elle renvoie à des pratiques de terrain tant dans le cursus formel de lenseignement que dans les multiples avenues de léducation populaire. L'analyse de ces pratiques me paraît d'autant plus importante quelle permettrait dapprécier la transmission, sur le terrain, de l'éducation aux droits de l'homme, à la paix et à la citoyenneté ; elle permettrait également de mettre en perspective la complémentarité possible de deux logiques, celle du chercheur et celle du praticien. Mais pour donner une impulsion concrète à ce discours, il conviendrait de se demander, notamment, à partir de quels critères sélectionner ces terrains en question. Du point de vue de lEIP, la sélection des terrains doit être mise en phase avec les objectifs mêmes que lAssociation poursuit depuis sa création, en 1967. Rappelons-en, brièvement, léconomie générale. Grâce à son réseau international composé déquipes pluridisciplinaires, lEIP conduit des recherches et produit des analyses dans le domaine de l'éducation aux droits de l'homme et de la paix, à partir de pédagogies différenciées et coopératives qui favorisent une telle éducation. Ces travaux se concentrent particulièrement sur le développement d'attitudes et d'habiletés favorisant l'ouverture à l'Autre, la prise en compte du terrain réel d'exercice du métier d'enseignant et l'analyse de problématiques de léducation, notamment les multiples formes de discrimination qui cultivent lexclusion et linégalité des chances. Cest dans cette perspective quil serait souhaitable, pour nous, de parler de pratiques innovantes, quelles soient du Nord, du Sud, de lOuest ou de lEst. Dans un contexte de lactualisation, à léchelle internationale, des finalités et des niveaux de performance des systèmes éducatifs, nous avons là loccasion, par le biais de ce projet dobservatoire, de rendre compte des énergies qui sont déployées pour que léducation soit garante des valeurs de justice, dégalité des chances et de liberté. Un dernier mot, en guise de conclusion. Je suis bien conscient, pendant ces quelques minutes, davoir soulevé bien plus de questions que davoir apporté des réponses. Il aurait été bien présomptueux, de ma part, davoir voulu faire le contraire. Au terme de ce séminaire, limportant ne sera pas davoir trouvé toutes les réponses aux questions soulevées ni davoir parfaitement ficelé lintention qui nous anime collectivement. Jespère cependant quen nous posant de bonnes questions, nous trouverons quelques bonnes réponses et que celles-ci marqueront le départ concret de notre projet. |
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