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ÉTUDES DE CAS
LObservatoire Jeunes et Société ou le rêve de se donner Par Madeleine Gauthier 1. Lobservatoire comme type particulier dinfrastructure de recherche 2. Les caractéristiques de lobservatoire et lapplication à notre expérience 2.1 Importance de la fonction de vigie et recherche de cohérence 3. Le fonctionnement et le financement LObservatoire Jeunes et Société est laboutissement du rêve de quelques chercheurs. Non parce que nous nappartenions pas déjà à des équipes de recherche ou à des réseaux internationaux, mais parce que nous considérions que notre approche de la jeunesse ne trouvait pas à sexprimer dans les cadres habituels de la recherche où nous exercions notre métier. Nous étions en effet préoccupés de nous donner un portrait de la jeunesse qui irait au-delà des visions parcellaires quon présente des jeunes de manière générale. Les projets de recherche sorientent habituellement autour dune question ou dune problématique, parfois même très pointue : la réussite scolaire, la pauvreté des enfants, linsertion professionnelle, le suicide, la délinquance, bref autant de domaines qui ne donnent pas cette vision que nous recherchions, mais une vision partielle des jeunes ou celle dun sous-groupe de jeunes. Nous nous intéressions, de plus, à une période du cycle de vie sur laquelle il ne se faisait pas beaucoup de recherche : lâge de lentrée dans la vie adulte. ge difficile à définir lâge est une construction sociale, on le sait 1 -- en particulier parce quil nest plus marqué par des rituels, doù on ne sait plus trop bien quand il commence et quand il finit. Ce quon sait (1), cest que cet âge sest transformé au cours des dernières décennies au point de se demander si la vie adulte constitue aujourdhui un idéal à atteindre tant ce qui semblait le caractériser ou bien commence de plus en plus tôt dans la vie des adolescents occidentaux ou de plus en plus tard. Un motif de plus pour recentrer nos observations sur ce groupe aux contours imprécis. Dautres personnes, souvent extérieures à la recherche, nous exprimaient ce même besoin de mieux connaître cet âge de la vie. Des demandes nombreuses nous venaient des ministères, des enseignants, des responsables de léducation, des associations de jeunes, des publicitaires et des médias dinformation, ces derniers toujours à laffût de lexplication du comportement quils venaient de découvrir. Cest ce désir davoir une vision plus large de ce qui se passe entre la fin de ladolescence et la réalisation de lautonomie de la vie adulte et de partager avec dautres les éléments disparates de connaissances que nous avions qui a été à lorigine de ce lieu de rassemblement. Nous avons réfléchi à la formule que nous allions adopter pour réaliser ce rêve. Nous ne savions pas, cependant, tout ce qui nous attendait lorsque nous avons choisi de créer un observatoire, les difficultés continuant dêtre nombreuses. Cest donc de la reconnaissance "dun manque" du côté des connaissances et dune forte demande dinformations sur les jeunes qua surgi lidée de ce regroupement de chercheurs. 1. Lobservatoire comme type particulier dinfrastructure de recherche Pourquoi avoir choisi un observatoire comme infrastructure de recherche plutôt quun autre type de rassemblement? Nous avions déjà en mains une quantité énorme de données que nous devions exploiter dans la rédaction dun volume sur les jeunes Québécois au XXe siècle : des fichiers statistiques, des références bibliographiques, des documents photocopiés et classés par thème sur tout le vingtième siècle, mais aussi sur dautres pays, la dimension internationale nous intéressant particulièrement. Nous avions, comme comité scientifique, des expertises différentes : insertion professionnelle, éducation, emploi, insertion résidentielle, formation de la famille, participation sociale, migration, vie régionale, etc. Bien que sociologues pour plusieurs, nous appartenions à des départements disciplinaires différents : sciences de léducation, sciences de lactivité physique et du loisir, service social, études urbaines ou culturelles. Que faire de cette masse dinformations et de ces expertises? Nous avons dabord procédé par élimination. Nous appartenions déjà à des équipes de recherche à partir de nos intérêts particuliers, des équipes subventionnées, comportant les activités de recherche et de diffusion habituelles. Il était donc exclus de former une autre équipe de ce genre. Il était exclus aussi de former une chaire parce quune chaire est habituellement dédiée : par exemple, chez-nous, la chaire Fernand-Dumont sur la culture, la chaire Desjardins sur les petites collectivités, etc. Quelques-uns parmi nous appartenions déjà à un centre de recherche et ce nest pas de toutes façons ce que nous visions. Nous aurions pu former un laboratoire de recherche, mais lidée de vigie ny était pas bien que la dimension "expérimentation" ne nous déplaisait pas. Nous pensions que lidée dobservatoire convenait mieux aux objectifs que nous visions : recueillir le plus de données sur cette période du cycle de vie que nous avions privilégiée, compléter ces connaissances par nos propres travaux de recherche et établir des liens dun type particulier avec les personnes ou les organismes intéressés à utiliser ces connaissances à leurs fins propres (sur la notion dobservatoire, voir le numéro 27 de la revue Informations sociales ) (2). 2. Les caractéristiques de lobservatoire et lapplication à notre expérience 2.1 Importance de la fonction de vigie et recherche de cohérence La recherche de cohérence a sans doute été une des belles aventures intellectuelles qui nous aient été données de vivre. Il faut simaginer comment cela peut se produire lorsquon met huit ou dix chercheurs ensemble avec des individualités de chercheurs! devant un amoncellement de données auxquelles ils doivent donner du sens. Cela ne va pas de soi et met un certain temps à se produire. Dans notre cas, cela a dabord signifié de nous entendre sur lorientation générale que nous voulions donner à nos recherches sur les jeunes. Présenter un portrait densemble des jeunes au seuil de la vie adulte nous a conduits à nous démarquer de nombreux travaux orientés autour de létude des "problèmes des jeunes", problèmes définis à partir des normes sociales et institutionnelles. Nous ne refusons pas demblée de nous intéresser aux "problèmes" des jeunes, mais nous avons plutôt choisi de nous concentrer sur " les problèmes que rencontrent les jeunes " en les situant dans le contexte social et historique dans lequel ils les vivent. Doù lajout du mot " Société " dans lappellation de notre observatoire. Mais, plus encore, nous avons un faible pour la cueillette dexplication à partir du point de vue des jeunes eux-mêmes. Cette orientation est en train de devenir notre marque. Nous ne disposons pas, comme dans de nombreux autres pays, de banques de données intégrées construites à partir d'études longitudinales de cohortes de jeunes sur leurs cheminements de formation, leur insertion professionnelle, leurs modes de vie et leur participation à la vie civique, mais nous avons comme objectif dy arriver dans un avenir qui ne serait pas trop lointain. Faute davoir les moyens deffectuer létude longitudinale dont nous rêvons, nous sommes à mettre en place un certain nombre de projets de plus courte durée mais qui pourraient fort bien être poursuivis et constituer les premiers jalons de ce type détudes. Nous essayons de poser des pierres, une à une, qui deviendront peut-être la base dun édifice. Une de ces pierres, cest la question du rapport des jeunes au travail, ce seul titre marquant notre orientation de base : plutôt que détudier le décrochage scolaire, -- ce qui les ramène au passé -- nous préférons voir comment les jeunes se projettent dans lavenir, évaluent la condition qui a été la leur au sortir de lécole, les difficultés quils ont rencontrées et les moyens quils se sont donnés pour réussir leur insertion professionnelle, mais aussi sociale. Un autre exemple de cette manière de faire : des administrateurs locaux ont ameuté lopinion publique il y a quelques années à propos de la question de lexode des jeunes des milieux ruraux et des régions périphériques vers les grands centres urbains. Nous avons pris le parti de rencontrer des jeunes qui étaient partis des régions et dautres qui y étaient restés. À partir de là, il a été possible de changer la perspective puisque nous nous sommes rendu compte que les motifs exclusivement économiques que les administrateurs attribuaient aux jeunes pour expliquer leur départ ne valaient pas. Il fallait déconstruire la notion dexode et parler de migrations dictées par le désir de parfaire des études, de vivre des expériences de vie quon ne trouve pas à proximité et de la possibilité dun retour dans la région dorigine. Nous pensons avoir ainsi trouvé notre créneau, celui qui donne cohérence à nos travaux et à nos compilations. Nous ne sommes pas quune fédération de chercheurs sur les jeunes, mais des chercheurs qui sont en train de se donner une vision commune de la manière dobserver les jeunes et de comprendre leurs comportements. 2.2 Un fort intérêt pour la statistique Quand on pense observatoire, on pense habituellement à un type particulier de données, les statistiques. Nous sommes en ce moment inondés de données statistiques. Nos gouvernements, pour des raisons defficacité administrative, ont mis en place tout un appareillage qui nous permet parfois de connaître des choses qui nous étonnent. Les instituts gouvernementaux de la statistique, même si certains ont la réputation dêtre plus développés que dautres à cause dune tradition historique qui remonte loin dans le siècle et même au siècle passé, rivalisent de sophistication dans la manière de recueillir linformation sur les populations, les institutions, ce quelles font et ce quelles possèdent. Le principal obstacle, pour les observatoires, cest souvent le coût des abonnements ou des fichiers ou, encore, la possibilité daccéder à des fichiers qui pourraient comporter des données nominales. Face à labondance des statistiques, le problème que nous avions au moment de créer lobservatoire était triple : a) ces données correspondaient-elles à ce que nous aurions souhaité dans notre quête dinformations sur les jeunes adultes, b) comment allions-nous accueillir et conserver toutes ces données et c) comment allions-nous les utiliser? Labondance des statistiques, les organisations internationales en savent quelque choses, nest pas toujours synonyme de contrôle des techniques denquête et danalyse. Cest ce qui rend la comparaison internationale si difficile. Pour donner quelques exemples des difficultés rencontrées dans la constitution dun corpus dinformation, il faut dabord parler des catégorisations utilisées par les agences de cueillette. Jusquaux années récentes, le découpage des catégories dâge (15-24 et 25-34 ans) utilisées par Statistique Canada, notre agence gouvernementale de statistiques au Canada, ne correspondait pas à la nouvelle réalité des jeunes. Il se passe tant de choses entre 15 et 24 ans, 25 et 34 ans que lagrégation des données sous ces catégories ne pouvait aboutir quà de fausses moyennes. Cest en développant des liens avec lagence gouvernementale fédérale et aussi celle provinciale quil a été possible dexprimer certains souhaits quant à la manière de recueillir linformation, quant aux questions à traiter dans certaines enquêtes qui nous intéressaient plus particulièrement lenquête sociale générale, par exemple et quant aux catégories sociales à établir préalablement à la formation de léchantillon (groupes dâge, état matrimonial, degré de scolarité, etc.). Lemmagasinage des données pose moins de problèmes depuis que nous disposons de linformatique : ordinateurs, serveurs, cd-Roms, etc. Mais encore là, ces appareils sont coûteux et ce nest que tout récemment que les organismes subventionnaires ont reconnu que lordinateur était devenu aussi indispensable pour les sciences humaines et sociales que le laboratoire en sciences de la nature. Le problème de la classification demeure aussi très important si on veut raffiner les rubriques afin de pouvoir repérer plus rapidement ce quon cherche. Enfin, lutilisation des statistiques constitue un épineux problème de recherche. Quand on ne connaît ni la manière dont ont été recueillies les données, ni celle de les analyser, comment les utiliser à bon escient? Ce problème ne se pose pas lorsquil sagit des données recueillies par Statistique Canada qui possède une équipe dexperts chevronnés qui nhésitent pas à exposer minutieusement leur méthodologie, mais tel nest pas le cas lorsque les données émanent dune maison de sondage où dautres sources qui ne prennent pas le temps dexposer leur méthodologie. 2.3 Une programmation de recherche La plupart des observatoires développent aussi leur propre programme de recherche. Les données recueillies par dautres ne répondent pas toujours aux attentes. Si la documentation et la compilation de statistiques constituent un environnement idéal pour formuler des questions de recherche ou nourrir des problématiques particulières, lobservatoire constitue le lieu tout désigné pour le faire. Mais la programmation ne simpose pas delle-même. Tant déléments jouent dans lélaboration dun programme : les lacunes dans les connaissances, les intérêts des chercheurs qui composent le comité scientifique, les demandes des organismes gouvernementaux et autres utilisateurs. La grande variété des types détudes devrait caractériser lobservatoire : études longitudinales pour comprendre les cheminements de formation, les trajectoires professionnelles et les modes de vie des jeunes, études des tendances pour saisir la profondeur des changements, études sur des problèmes spécifiques en relation avec des missions ministérielles, études dappoint en réponse à des questions ponctuelles, suivi des écrits sur les jeunes et les activités des jeunes eux-mêmes, comparaisons internationales, etc. La programmation de recherche dun observatoire doit privilégier une grande variété détudes et dapproches. Les études longitudinales devraient devenir lépine dorsale des travaux entrepris par un observatoire. Par contre, nous ne pensons pas quil faille nous limiter aux études statistiques qui ont comme objectif de montrer des régularités et qui sont indispensables pour les administrateurs qui veulent connaître lampleur des projets quils envisagent. Le sens que donnent les acteurs de leur comportement ne se découvre bien que par des études de nature qualitative. Une équipe scientifique bien équilibrée doit utiliser les deux approches. Lorsque cela nest pas possible, faute de moyens, la recherche dassociation avec les agences statistiques savère indispensable. Les travaux plus ponctuels devraient aussi faire partie dune programmation serrée mais ouverte. Nous sommes à construire cette programmation qui ne se fait quaprès de nombreux échanges tant sur les objets des recherches que sur langle dapproche. Notre programmation sétend actuellement à quatre axes définis à partir de la vision que nous avons des besoins de connaissance et des lacunes de la recherche : linsertion professionnelle et le rapport au travail, la migration et le rapport aux régions et au milieu rural; la participation sociale et civique; la culture, ce qui inclut les modes de vie et les valeurs. 2.4 Un centre de transfert Lobservatoire ne recueille pas les données et neffectue pas des recherches sans des raisons particulières de le faire. Si les recherches longitudinales ou les analyses de tendances mettent un certain temps à se réaliser, il doit cependant y avoir une dimension immédiatement fonctionnelle à lobservatoire : les données disponibles doivent être rapidement utilisables afin de réaliser leur fonction déclairage des décisions et de lintervention. Les observatoires sont des centres de transfert. Ils sont là pour fournir des informations soit aux milieux qui ont présidé à leur fondation, soit à un milieu plus large dans le cas des observatoires universitaires. Doù la singularité des observatoires. Leur dimension fonctionnelle fait en sorte quil y a souvent peu de ressemblances dun observatoire à lautre même sils se trouvent dans le même créneau. Je pense en particulier aux observatoires sur les jeunes où, par exemple, la définition quon donne de la jeunesse peut faire toute la différence. Dans certains pays, le terme de jeunesse sapplique tout autant à lenfance et à ladolescence quà cette étape intermédiaire entre ladolescence et la vie adulte que nous avons choisie. Le service à la collectivité implique que les chercheurs et leurs partenaires se préoccupent de savoir comment peuvent sappliquer leurs résultats à diverses situations. Lorsquil y a un partenariat actif dans le cadre dun projet, cela se fait tout naturellement sans quil soit nécessaire de faire appel à des spécialistes de la communication ou de la mise en pratique de certaines données. Mais le souci de lapplication doit être constant. À qui et comment nos résultats de recherche peuvent-ils être utiles? Le travail en partenariat permet de conserver cette optique dapplication de la recherche. On ne peut demander aux chercheurs davoir toutes les aptitudes, mais les professionnels du gouvernement, les intervenants des milieux de léducation et les travailleurs sociaux tout comme les spécialistes des communications ont développé le type de sensibilité qui leur permet de voir en quoi tels résultats de recherche peuvent éclairer leur action. Les moyens électroniques facilitent le transfert des connaissances. Il nest plus possible maintenant de ne pas faire un usage abondant de ces moyens à notre disposition. Cela nécessite certes la présence de nouvelles compétences au sein des équipes de recherche. Mais il y a abondance de jeunes diplômés qui ne rêvent quà être utiles dans ces domaines de la communication. Parce quil sagit bien de communication. Nous pensons quun observatoire, par sa définition même, doit être ce lieu de circulation des connaissances et des questionnements sur le sujet qui nous intéresse. Et cela, non seulement dans le milieu universitaire mais dans tous les milieux susceptibles de profiter de cette information pour éclairer laction ou lintervention. La responsabilité sociale dun observatoire ressort clairement de cette fonction. Doù la nécessité de multiplier les moyens de diffusion et dadapter le langage à divers publics. Pour ne donner quun exemple : nous venons de vivre un Sommet du Québec et de la jeunesse. En tant que membres du comité scientifique de lObservatoire conscients de nos devoirs civiques, nous avons entrepris différentes démarches dinformation à partir des connaissances quils possédaient sur les jeunes dans le cadre des limites de temps dont nous disposions à ce moment-là. La variété des moyens utilisés a donné une grande visibilité aux travaux de lObservatoire : préparation dun document composé de plusieurs courts articles sur une variété de sujets peu souvent abordés; représentation auprès des chantiers préparatoires au Sommet; publication darticles à un rythme cadencé (tous les lundis) dans le seul quotidien national de langue française, Le Devoir; insertion de ces documents sur le site web; expédition à tous les participants au Sommet. Ces courts articles furent si appréciés que demande nous fut faite de les publier en volume (3). Sans compter le bulletin que nous voulons faire paraître trois fois par année et dont un numéro a été expédié au printemps à tous nos partenaires et collaborateurs scientifiques (4). 2.5 Linteraction entre chercheurs et utilisateurs La singularité des observatoires tient aussi au fait quils sont souvent dotés dune structure qui regroupe à la fois les chercheurs et les éventuels utilisateurs des données recueillies. Cette communauté dintérêt fonctionne sur le mode de linteraction entre lexpression dattentes et lélaboration de problématiques de recherche. Lavantage réside dans la circulation de la demande et des produits de la recherche. Cela nest pas sans comporter quelques écueils, cependant, dont celui de subordonner les méthodes de recherche à des impératifs daction sans se ménager le recul nécessaire à une démarche fiable et respectueuse des règles de la déontologie et de léthique. La mise en place de structures dinteraction pour assurer la circulation de la demande de la part déventuels utilisateurs et la diffusion des résultats de recherche et des données recueillies par le moyen de la vigie se trouve facilitée par le climat déchanges. Il fut un temps où les chercheurs craignaient les intervenants et les professionnels des ministères comme sils allaient entacher la recherche de préoccupations qui nen étaient pas dignes. Par ailleurs, les chercheurs étaient perçus comme dans une tour divoire doù ils nosaient pas redescendre. Divers projets ont favorisé le rapprochement des uns et des autres, mais, entre autres, la nécessité dassurer, par de nouveaux moyens, le financement de la recherche. Comme le mécénat généreux, gratuit et anonyme nexiste plus guère, il a fallu commencer à se parler et cest dans lenthousiasme que linteraction se produit aujourdhui. LObservatoire sur les sciences et la technologie qui appartient au même institut de recherche que nous est un bon exemple de cette manière de travailler en partenariat. Lobservatoire est financé en grande partie par une formule dabonnements (5) et les abonnés sont les premiers informés des résultats de recherche et ont loccasion de participer à des forums ou à des colloques où ils jouent une part active dans lexpression de leurs attentes. Ces partenariats se trouvent, pour plusieurs, dans les gouvernements, mais aussi dans diverses entreprises intéressées par les questions qui concernent lobservatoire. En résumé, on pourrait dire que ce qui spécifie un observatoire, cest une recherche de cohérence dans lamoncellement des informations recueillies au moyen dune vigie; un recours fréquent et abondant à la statistique; une programmation de recherche qui privilégie une grande variété détudes; des résultats immédiatement utilisables qui en font des centres de transfert; la circulation de la demande et des produits par la mise en place de structures dinteraction entre les chercheurs et les utilisateurs. Voilà brièvement exposé là où nous en sommes dans la réalisation de cette idée de mise en place dun observatoire. Beaucoup de questions nous interpellent. Nous faisons quotidiennement face à des défis de lordre de la conceptualisation, de ladéquation des instruments de recherche, de la manière de diffuser les résultats et de leur éventuelle application. Mais une des grandes difficultés demeure le financement dont il faut maintenant parler. 3. Le fonctionnement et le financement Le financement dun observatoire ne va pas de soi. Nulle part ny a-t-il dans les organismes subventionnaires, tant fédéraux que provinciaux, des programmes pour financer linfrastructure dun observatoire. Pour fonctionner, il faut plus que le bénévolat des chercheurs participants. 3.1 Une main duvre indispensable Nous ne pensons pas, par exemple, quun observatoire puisse fonctionner adéquatement sans laide dun professionnel entièrement dévoué au travail de veille. Cette tâche exige des compétences particulières à commencer par une connaissance assez vaste des jeunes pour avoir développé une sensibilité à tout ce qui les concerne. Ce professionnel doit connaître les moyens contemporains de cueillette dinformation : site web, revues de presse, etc. Il doit aussi connaître les méthodes de compilation ce qui exige aujourdhui une maîtrise de linformatique. Il doit aussi être capable dappliquer les méthodes statistiques dans lanalyse des données. Bref, il faut plus quun technicien, mais une sorte dingénieur du social. Un observatoire ne peut se passer dun coordonnateur de la recherche, de secrétariat pour répondre aux nombreuses demandes, dune équipe de chercheurs qui partagent leur temps entre leur faculté dappartenance et les travaux de lobservatoire. Tout cela coûte cher et les sources habituelles de financement ne suffisent pas. Doù il faut trouver de nouveaux moyens ce qui ne facilite pas la tâche des chercheurs qui doivent continuer à faire des demandes de subvention, mais ne peuvent se satisfaire de ce moyen. 3.2 Un plan de développement Nous avions, quant à nous, un plan de développement : constituer un fonds de dotation dont les intérêts permettraient lembauche du personnel plus spécifiquement dédié à la vigie. Ce fonds est constitué dune partie du fonds de recherche dun ancien institut de recherche disparu et complété par une campagne publique de financement. Nous avons formé un comité conseil à cet effet composé de personnes ayant un intérêt pour les jeunes, mais avec un passé qui les situait au cur dun réseau de relations qui aurait pu drainer vers lobservatoire la manne dont nous avions besoin. Jusquà maintenant, cette façon de faire na pas produit de résultats. Dune part, le mécénat a des objectifs ciblés et un programme de dons qui se met en place des années davance. Dautre part, ce mécénat attend quelque chose en retour. Cest la poule et luf! Il faudrait, pour ce type dinitiative, un fond dinvestissement comme on en trouve dans le secteur privé. La formule de labonnement nous apparaît intéressante et cest celle que nous développerons probablement à lavenir comme lObservatoire des sciences et des technologies la fait. Cela reste à venir. CONCLUSION Si les contraintes quotidiennes nous font parfois oublier le rêve à lorigine du projet, nos jeunes collègues, professeurs et étudiants, continuent, eux, de nourrir des rêves. Lun deux est même en train de constituer une fédération dobservatoires sur les jeunes. Des réponses enthousiastes lui parviennent. Dautres montrent les difficultés liées à la langue de communication. Nous traduirons bientôt certains de nos documents en anglais dabord, mais en espagnol bientôt. La comparaison internationale constitue un des principaux motifs dadhésion et denthousiasme de ces jeunes qui ont connu très jeunes la chute des murs et labolition de certaines frontières. Notre obstination à nous, les aînés, tient en partie à notre propre désir de maintenir cette flamme chez nos jeunes collègues et à apporter notre contribution, si humble soit-elle, à la connaissance de cette période du cycle de vie remplie dimprévus mais aussi de promesses. NOTES (1) Voir à ce propos : M. Gauthier, "Lâge des jeunes : "un fait social instable", Lien social et Politiques, Voir les jeunes autrement, no 43, printemps 2000 : 23-32. (2) Observer le social. Informations sociales, no 27, 1993. (3) M. Gauthier et al, éd., Être jeunes en lan 2000, Sainte-Foy, PUL-IQRC, 2000. (4) Observatoire Jeunes et Société, Bulletin dinformation, vol. 1, no 1, février 2000. (5) Observatoire des Sciences et des Technologies, LObservateur, vol. 1, no 2; vol. 2, no 1. |
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