Premier Congrès de l’Association francophone des Commissions nationales des droits de l’homme (AFCNDH)

Palais des Congrès de Montréal, Montréal, Québec, Canada

29 septembre au 1er octobre 2005

" Droits économiques, sociaux et culturels "

 

Les Bonnes pratiques en matière d'éducation et d'information

Introduction:

L'éducation et l'information aux droits humains ont été avalisées par plusieurs instruments juridiques mondiaux et régionaux depuis qu'en 1945 la charte des Nations unies a appelé à la coopération" en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales". Ces références à la promotion et à l'encouragement ont créé pour les Etats la responsabilité d'enseigner et d'éduquer aux droits humains. Elles sont clarifiées dans le préambule de la déclaration universelle des droits de l'homme , dans la charte Africaine des droits de l'homme et des peuples en son article 25 , dans la Convention internationale relative aux droits de l'enfant en son article 42 . L'information et l'éducation relèvent aussi de l'obligation de "tout individu et tous les organes de la société", ce qui légitime le travail d'éducation des masses populaires mené par les ONG.

En outre cette éducation puisqu' elle n'est pas neutre, puisqu'elle doit favoriser la compréhension et l'amitié entre les peuples, ses pratiques doivent être pertinentes, efficaces, actives et participatives.

I-Qu'est-ce que l'éducation et l'information en matière de droits humains ?

Du point de vue de la décennie mondiale de l'éducation aux droits de l'homme (1995-2004), l'éducation en matière de droits de l'homme est définie comme "les activités de formation, de diffusion et d'information qui visent la construction d'une culture universelle des droits de l'homme à travers la transmission de connaissances et de compétences et la modification des attitudes axées vers:

a)le renforcement du respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales

b)le développement complet de la personnalité humaine et du sens de sa dignité

c)la promotion de la compréhension, de la tolérance, de l'égalité entre les sexes et de l'amitié entre toutes les nations, les peuples autochtones et entre les groupes raciaux, nationaux, ethniques, religieux et linguistiques

d)A permettre à toutes les personnes de participer efficacement dans une société libre

e)la promotion des activités des Nations Unies pour le maintien de la paix (plan d'action de la décennie, para. 2)

Cette définition montre que l'éducation en matière des droits humains est globale puisqu'elle intègre non seulement les activités de transmission de connaissances , donc d'information et de diffusion mais aussi les activités de formation et les activités visant les changements d'attitudes et de comportements. D'ailleurs la décennie dans sa résolution 49/184) a statué que: "l'éducation aux droits humains ne devrait pas inclure uniquement la dissémination de l'information, elle devrait constituer un long processus d'apprentissage par le quel les gens à tous les niveaux de développement et dans toutes les strates de la société apprennent le respect de la dignité des autres et les moyens et méthodes pour garantir ce respect dans toute les sociétés".

Cette définition montre aussi que l' éducation aux droits humains n'est pas neutre . En effet l'article 26 de la DUD H , alinéa 2 note en substance que " l'un des buts fondamentaux de l' éducation est le respect des droits de l'home et des libertés fondamentales. Elle doit favoriser la compréhension , l'amitié entre les peuples " .

C'est ce que disent en substance l'article 29 de le Convention internationale relative aux droits de l'enfant, l'article 13 du Pacte international relatif aux économiques , sociaux et culturels. Cette référence a été reprise par de nombreux pays . Ainsi l'article I alinéa 2 de la loi d'orientation de l'éducation nationale du Sénégal du 91-22, du 16 février 1991qui stipule : l'éducation nationale, au sens de la présente loi tend " à promouvoir les valeurs dans lesquelles la nation se reconnaît: elle est éducation pour la liberté , la démocratie pluraliste et les respect des droits de l'homme, développant le sens moral et civique de ceux qu'elle forme ,elle vise à en faire des hommes et des femmes dévoués au bien commun, respectueux des lois et des règles de la vie sociale et œuvrant à les améliorer dans le sens de la justice, de l'équité et du respect mutuel"

En outre l'éducation et l'information aux droits humains , apparaissent comme une nécessité absolue pour un développement économique et social durable

En effet elles contribuent à accroître les connaissances sur les sujets des droits de l'homme, c'est -à dire sur les droits protégés par la constitution, les conventions et pactes. Elles permettent de combattre les discriminations, de résoudre les conflits de façon pacifique , permettent aux populations de vivre la citoyenneté, "émancipent " les individus et les peuples. L'éducation aux droits humains est un moyen de construire la paix et la première phrase du préambule de l’UNESCO n’exprime pas autre chose quand elle dit "  les guerres prenant naissance dans l’esprit des hommes ,c’est dans l’esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix " et l’Association Mondiale pour l’école Instrument de Paix nous dit " désarmer l’esprit pour désarmer la main ".

De plus de nos jours , il ne suffit plus d'apprendre à bien lire, bien écrire et bien compter, l'apprenant doit aussi apprendre à être, à faire et à vivre ensemble(Commission Delors sur l'éducation au XXI ème siècle.).

La conférence de Jomtien en 1990 appelait à une éducation qui donne à chacun les moyens d'agir pour promouvoir la justice sociale et défendre les droits de l'homme , la conférence de Dakar en avril 2000 a réaffirmé cette volonté avec force. Les droits humains, les valeurs universelles font désormais partie d'une éducation de qualité

II- Quelles pratiques pédagogiques pour un changement durable des attitudes et des comportements ?

L' éducation aux droits humains est un processus complexe qui dure tout au long de la vie et qui doit faire du respect des droits de l'homme et de la démocratie une affaire quotidienne. En raison de cette particularité , elle doit obéir à des principes et mettre en œuvre des méthodes actives et participatives .

Les principaux principes sont:

-Universalité, indivisibilité, interdépendance des droits(approche holistique des droits humains)

-Respect de la dignité, de l'apprenant, non discrimination,

-Sécurité de la personne: l'instauration d'un climat de confiance laisse libre cours à l'expression, à la créativité, voire à la confrontation des idées

- La liberté c'est à dire la créativité, l'autonomie, l'expression, l'information;

-La réciprocité qui découle de l'égalité des doits implique l'échange entre l'enseignant et l'élève , le respect de tous les membres et partenaires de la communauté scolaire;

-L 'existence de règles explicites, notamment le règlement de classe, la charte scolaire , le projet d'établissement. Les règles doivent être explicitement formulées connues et transparentes;

-La référence aux droits de l'homme, c'est à dire aux textes juridiques car une éducation qui ferait seulement allusion aux grands principes moraux sans présenter leur traduction dans les normes juridiques et des instruments d'application, ne pourrait être considérée comme une éducation aux droits humains.

La connaissance des textes garantissant les droits humains et les usages que l'on peut en faire est un élément fondamental d'une éducation aux droits humains.

-L'existence de recours , pour que les membres de la communauté scolaire puisse faire connaître ses griefs; se faire entendre lorsque leurs droits ne sont pas respectés.

- la démocratie, garante du respect des droits de l'homme et une preuve que les questions de pouvoir peuvent être discutées.

Les méthodes doivent être actives et participatives et intégrer les principes cités plus haut. La démarche en conséquence part

-des expériences des participants,

-les valorise, cherche des points communs,

-ajoute de nouvelles informations et des éléments théoriques,

-pratique des techniques et des habiletés,

-formule des stratégies et des plan d'action,

-amène les apprenants à passer à l'action.

D'ailleurs plusieurs textes et actes de congrès ont affirmé cette pédagogie participative:

-La recommandation de 1974 sur l'éducation pour la compréhension , la coopération et la paix internationales et l'éducation relative aux droits de l'homme et aux libertés fondamentales dans ses principes directeurs alinéa 5 recommande de " travailler en groupe, d'accepter la libre discussion et d'y participer, d'observer les règes élémentaires de procédure applicables à tout débat et de fonder ses jugements de valeurs et ses décisions sur l'analyse rationnelle des faits et des facteurs pertinents."

-Le Congrès de Montréal , 8 au 11 mars 1990 qui affirme "les connaissances acquises doivent mener à l'action , l 'apprentissage est un processus axé sur la participation, la méthodologie inhérente à l'éducation aux droits de l'homme et à la démocratie doit respecter les droits de la personne à qui est destinée cet enseignement et être organisée de façon démocratique."

.Parmi les pratiques pertinentes on peut citer quelques unes dans :

- le système formel

-Une approche pluridisciplinaire, interdisciplinaire et transdisciplinaire au sein du système formel d'éducation. . Les droits humains font appel à de multiples concepts qui justifient une approche pédagogique pluridisciplinaire (dignité de la personne humaine, égalité devant la loi, responsabilités individuelles et collectives, liberté d'association, d'expression, participation) . Ce sont autant références qui cherchent à dire notre place dans l'histoire, comme dans la vie de tous les jours, dans nos différentes activités artistiques, scientifiques ou la vie associative. L'apprentissage de ces concepts permet de construire un langage commun indispensable pour poser les bases d'une discussion fondée sur la réciprocité. La compréhension de ces concepts ne doit pas cependant s'apparenter à une entreprise d'abstraction, ces droits s'apprennent dans la pratique et visent à éveiller l'esprit critique. Cette compréhension suppose aussi la capacité de comprendre les représentations culturelles diverses auxquelles donne lieu l'analyse.

La plupart des disciplines enseignées à l'école peuvent véhiculer le message des droits humains. Il est possible de rechercher les convergences et les complémentarités entre disciplines pour réaliser un objectif d'apprentissage ( interdisciplinaire) mais aussi faire acquérir des capacités transversales en explorant globalement le champ réel au delà des disciplines ( approche transdisciplinaire)

-Une approche holistique c'est à dire montrer en plus de l'information sur les textes, comment les principes et les normes sont mis en œuvre en pratique, que ce soit dans la classe ou bien dans la communauté. Les droits s'apprennent dans la pratique.

 

Cela nous renvoie à l'organisation scolaire . Il faut mettre en œuvre une organisation démocratique à l'école : En effet l' éducation aux droits humains implique une transformation radicale de l'organisation de l'institution scolaire au sein de laquelle la pratique de la citoyenneté devient un concept central qui devrait même trouver sa lisibilité dans l'architecture scolaire par la mise en place des structures participatives de l'école. S'il est clair qu'on ne peut enseigner la démocratie que dans un cadre démocratique, que les droits de l'homme ne peuvent s'épanouir que dans un état de droit, il est important que l'organisation scolaire (qui comprend les activités d'enseignement, la vie associative, le rôle des parents, les projets initiés par les élèves , les ressources, la bonne marche de l'établissement au plan administratif , social, et éducatif. ) soient imprégnés des principes de droits de l'homme. Les droits de l'homme doivent se vivre en classe, et dans les autres structures de l'école comme les associations, les clubs, le conseil de coopération (approche holistique). Les règlements scolaires doivent être démocratiques : Les élèves doivent apprendre à élaborer des règles et à les respecter. Elles doivent être claires et indiquer des comportements souhaités mais aussi comporter des réparations comme conséquences aux manquements à une règle ainsi que des voies de recours.

-Le travail de groupes: Ici les performances sont de loin supérieures à celles des individus pris isolément car il y'a une richesse de l'information, une diversité des points de vue et une confrontation des idées. Des valeurs comme la tolérance , l'écoute active, la solidarité sont mises en œuvre. C'est un moyen d'éducation à la vie sociale, à la participation, à la coopération, à la communication. Il y'a plusieurs variantes dans le travail de groupe. .

-Le travail coopératif : C’est une stratégie d’enseignement apprentissage , hautement interactive, participative, favorisant l’interdépendance, la complémentarité entre les membres des sous groupes d’une part et d’autre part entre les sous groupes du groupe classe ; ici les objectifs collectifs ne seront atteints que lorsque chaque membre aura assumé son propre rôle. Cette démarche rejoint celle des différents membres d'une collectivité dont la coopération assure le bon fonctionnement de l'ensemble .Les avantages, lutte contre les préjugés, les stéréotypes etc. Elle met en œuvre les 4 principes :participation, partage, collaboration et concertation ;favorise la socialisation, l’esprit de tolérance, la solidarité, développe l’écoute active, l’effort individuel. Elle permet, de saisir les concepts complexes, de résoudre des problèmes , des conflits, d’appréhender les multiples facettes d’une situation. .

Il faut souligner que ce type de pédagogie de la participation et de l'entraide convient aux élèves des classes multi - âges , multigrades et s'avère également appropriée pour les milieux pluriethniques puisqu'elle place les élèves d'ethnies différentes dans des groupes coopératifs où chaque membre se voit confier un rôle d'égale importance dans l'atteinte des buts que poursuit le groupe. .

Le projet d'action en faveur des droits humains: Approche interdisciplinaire par excellence, le projet d’action est un ensemble d’activités qui résultent d'une volonté collective, basée sur des besoins, définis et réalisés par la collectivité éducative et aboutissant à un produit social en vue de promouvoir les droits de l'homme. c’est donc une démarche visant à résoudre un problème à l’école ou dans le milieu. Les activités sont planifiées, évaluées et la démarche est celle de la démarche de résolution d'un problème. Le projet d'action met en œuvre les principes de participation, de collaboration, de concertation, d'engagement, de coopération , d'adhésion .. En milieu scolaire, il existe plusieurs exemples de projets: soutien aux enfants de la rue, célébration de la journée des droits de l'homme , production de documents pédagogiques sur les droits humains, assainissement de l'école et ses environs, le journal scolaire, les correspondances scolaires, charte des droits et des responsabilités à l'école etc..

 

La technique de résolution de problème qui fonde la démarche est processus qui peut être utilisé aussi pour gérer les difficultés des rapports humains dans la classe ou dans l'école pourvu que les élèves apprennent à exprimer leurs opinions et à comprendre le point de vue des autres.

Appliquer la pédagogie expérientielle: La pédagogie expérientielle considère l'élève comme un participant à qui la classe offre la possibilité de vivre des expériences signifiantes, c'est à dire des expériences qui font partie d'un contexte de vie réelle. Cela veut dire que l'apprentissage découle de son engagement personnel dans une activité où les dimensions affectives autant que les dimensions cognitives de son être sont sollicitées. On peut citer quelques pratiques usitées dans le système formel comme dans le non formel : théâtre, sketch , jeux de simulation, du Drama , des jeux de rôle: Ils permettent une conscientisation des apprenants pour les amener à agir. On utilise ces techniques pour aider les gens à modifier leurs attitudes. Ils permettent d'aborder des questions qu'on trouverait gênantes dans la" vraie vie"

-le débat démocratique: C'est plus qu'un échange d'opinions entre élèves, il permet l'expression de la diversité des pensées, une confrontation des idées . Les droits de l'homme sont nécessairement des objets de débat, puisqu'ils ne sont pas des évidences naturelles. C'est par le dialogue que les élèves ou les populations comprennent les droits de l'homme , s'approprient les valeurs qu'ils véhiculent pour les intégrer à leurs actions présentes et futures.

Le débat permet l'expression des idées, de la diversité des pensées; les élèves apprennent à écouter, à penser, à argumenter.

-les jeux collectifs .. L'enfant est d'abord activité, or l'activité se manifeste d'abord par le jeu. Le jeu outre le caractère ludique c'est à dire la joie qu'il procure à l'enfant lui permet de vivre les droits humains, de reconnaître ses droits et se devoirs, les violations des droits de l'homme, les institutions de protection , ici les enfants jouent en équipe , apprennent à développer l'empathie, l'entraide , la solidarité, la coopération et mettent en pratique ainsi les droits de l'homme. D'autres avantages, sont à noter développer le sens de l'observation si les jeux sont accompagnés d'images , l'imagination, en les aidant à réfléchir et à proposer des solutions.

Il y'a aujourd'hui beaucoup de jeux collectifs relatifs aux droits humains , depuis les jeux traditionnels qui s'organisent en équipe jusqu'aux jeux construits sur le modèle du jeu de l'oie en passant par les jeu de cartes .

-Utiliser des études de cas :

Ce sont des moyens simples et actifs permettant d’aborder en classe ou en séminaire avec des adultes les droits de l’homme dans le cadre de situations réelles ou fictives . Elles consistent en articles de journaux, de résultats d’enquête, de reportages radiophoniques, d’enregistrement vidéo sur les problèmes sociaux (travail des enfants, torture, viols, mendicité etc.); Ils permettent de s’approprier les textes juridiques à travers des cas réels ou fictifs, d’imaginer des voies de recours par rapport à des cas de violation. Les études de cas débouchent sur une prise de conscience et donc sur des propositions concrètes pour l’action comme des projets d’action en faveur des droits de l’enfant

L 'étude de cas devrait permettre l'application des principes des droits de l'homme comme le travail de groupe, l’échange, la concertation, la collaboration et la participation de tous.

- le non formel : dans le non formel outre des techniques comme le débat démocratique, le théâtre, le théâtre forum, les jeux de rôles cités plus haut, on peut utiliser aussi:

-le photo langage ou l'utilisation des images , projections de films

Les images de façon générale sont des moyens d'information et de communication qui facilitent l'apprentissage. Ce sont des images fixes(dessins, photos, bandes dessinées, ), mais aussi des films, des projections de diapositives. C’est une technique qui consiste à observer , lire et à interpréter des images par rapport aux droits humains. L'utilisation des images est efficace aussi bien en classe que dans les milieux où les populations sont analphabètes.

A ce niveau les boites à images constituent des outils incontournables si l'on veut que les populations s'approprient leurs droits et identifient certaines violations des droits de l'homme. Cette technique facilite , l’expression par l’intermédiaire d’un support concret ; développe le sens de l’observation, de la comparaison, stimule l’affectivité, l’imagination . Elle facilite dans le groupe , l’entraide , la coopération.

-Les expositions: Les expositions de photos , de dessins, permettent aux populations de d'observer les types de violations des droits de l'homme, mêmes celles qu'elles n'ont jamais vécues, d'en prendre conscience pour changer d'attitudes et de comportements. La célébration des journées internationales des droits de l'homme (10 décembre, 8 mars, 16 juin )sont l'occasion de grandes expositions pour montrer les violations des droits humains mais aussi les progrès de la communauté international dans la protection des droits de l'homme.

-Les conférences -débat, les exposés: ce sont des moyens de sensibilisation des masses, des moyens d'information sur les textes internationaux , sur les violations des droits de l'homme et sur les résultats d'une recherche, d'une campagne.

-Les causeries dans les quartiers: elles permettent de toucher tous les segments de la population , hommes femmes, enfants, adultes.

-L'enseignement occasionnel: Dans le cadre scolaire, comme extra- scolaire, profiter de la célébration des journées internationales, 10 décembre, 16 juin , 8 mars par exemple pour sensibiliser aux droits de l'homme.

-L 'approche culturelle: Partir de la culture des participants, de ce qu'ils connaissent des droits de la personne, rechercher des points d'ancrage des droits de l'homme dans les cultures et aborder les autres aspects. C'est une stratégie efficace pour sensibiliser les populations tant il est il est vrai que l'on ne peut comprendre les droits de l'homme qu'à partir de sa culture.

Certains canaux traditionnels comme les contes , les proverbes , les dictons, les récits traditionnels des griots, peuvent véhiculer le message des droits de l'homme,(égalité, solidarité , tolérance etc..) pour souligner ainsi que les droits de l'homme ne sont pas étrangers à la culture africaine par exemple.

Quelques dictons et proverbes sénégalais illustrent cela : "qui plante un arbre doit veiller à sa protection" ; "si une bouche ne contient pas de la nourriture, elle contiendra de la terre"(droit à l'alimentation)."si le monde évolue c'est parce que le savoir lui sert de support"; "quand un homme n'est pas instruit, son champ de vision se rétrécit"; un enfant bien éduqué est le fils de tout le monde "(droit à l'éducation ). "la vérité est comme une aiguille perdue, elle peut être trouvée aussi bien par un adulte que par un enfant"; "un enfant qui a les mains propres peut prendre part au repas des adultes" ( droit à la participation)etc.. Au Sénégal, la convention des droits de l'enfant a été résumée en sept(7) termes wolofs par les populations: yor qui signifie entretien su tous les plans, alimentation , habillement , santé et renvoie à la notion d'obligation morale et sociale; yar c'est éduquer, à l'origine c'était "liyar" c'est à dire éclairer, guider; yée, c'est éveiller, l'enfant , un rôle dévolu à l'ensemble de la communauté; yedd c'est conseiller, persuader, c'est une méthode d'éducation; yegg, c'est le respect de l'enfant; yir c'est protéger l'enfant contre tous les dangers qui menacent son intégrité physique et psychique .; yemelé, c'est le traitement égal des enfants .

Les valeurs positives de la culture africaine sont contenues dans les chants , les légendes, les hauts faits de l'histoire . On peut citer la charte de kouroukanfouga(actuel cercle de Kangaba au Mali) adoptée après l'historique bataille de Kirina et chantée par les griots du Mali , de la Guinée, du Sénégal; ce recueil de tradition orales avec 44 articles, humanise les relations entre individus, entre groupes d'individus, c'est un code qui entre autre droits et devoirs reconnaît: le droit à la vie et l'intégrité physique, la protection de la femme et de l'enfant, obligation est faite à la société et les parents d' éduquer les enfants , exige la protection de l'environnement et la lutte contre les feux de brousse etc.

-la palabre: usitée partout en Afrique est le symbole d'un art social d'exprimer et de régler pacifiquement les conflits; en effet elle vise à établir l'unité, l'harmonie et aboutit à une décision par consensus après de larges discussions. C'est que la société africaine qui est profondément communautaire, sait aussi favoriser l'expression d'opinions différentes qu'elle est capable de confronter de manière pacifique.

-Appliquer les techniques de l'éducation populaire comme le dialogue: il s'agit de montrer que les êtres humains sont les sujets de leur propre vie, qu'ils méritent le respect et que le dialogue est un moyen d'apprentissage. La pratique du dialogue est beaucoup usitée dans l'éducation populaire ou des adultes ou (à la base) Ici l'éducation est considérée comme un processus et non pas comme un simple produit. Dans le modèle du dialogue, l'enseignant et l'élève sont considérés l'un et l'autre comme des chercheurs opérant sur un même pied d'égalité à chaque stade de l'apprentissage. Leur égalité en tant que sujets conscients l'emporte sur toutes les différences d'âges, de classe ou de niveau d'études. Et comme l'a dit Paulo Freire dans pédagogie des opprimés, :"l'éducateur n'est plus celui qui simplement éduque , mais celui qui en même temps qu'il éduque est éduqué dans le dialogue avec l'élève; ce dernier en même temps qu'ils est éduqué est aussi éducateur, tous deux deviennent des sujets dans le processus dans le sens ou ils progressent ensemble"

Cette méthode fondée sur la participation et l'inter action considère qu'il est important d'accroître la conscience de soi chez les populations pauvres sur les plans culturel, politique, et économique. L'éducation populaire en plus d'aider les populations pauvres , exploitées à prendre conscience des conditions et des causes de leur exploitation, s'efforce souvent de les aider à agir en vue de conquérir ou de défendre leurs droits.

 

Conclusion:

Ce premier Congrès de l’Association francophone des Commissions nationales des droits de l’homme (AFCNDH se tient dans la première phase de suivi (2005-2007) de la décennie de l'éducation aux droits humains) consacrée à l'éducation des droits de l'homme dans les programmes des écoles primaires et secondaires. Il donne l'opportunité d'affirmer encore que l'éducation relative aux droits humains avec des pratiques efficaces et pertinentes est un outil incontournable pour faire reculer les violations des droits de la personne et édifier des sociétés libres, de justice, de solidarité . C'est pourquoi l'éducation aux droits humains , à la démocratie et la bonne gouvernance occupent une place de choix dans les objectifs du millénaire. En définitive elle doit permettre à un grand nombre de personnes, de groupes et d'associations de comprendre et d'exprimer leurs préoccupations en termes de droits humains

-Elle doit encourager les citoyens à intégrer les principes et les valeurs des droits humains dans leur vie quotidienne et dans leurs institutions

-Elle doit les inciter à agir pour exiger le respect des droits humains, les soutenir, les défendre et en faire un outil de transformation sociale

C'est par cette voie seulement qu'on pourra édifier une culture des droits de l'homme .

Bibliographie

I/ Ouvrages: .

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-Association Mondiale pour l'école Instrument de paix (EIP): Eduquer aux droits humains, repères et mise en situation, collection dossier pédagogique, page 22

-Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse: l'éducation aux droits et aux responsabilités(primaire et secondaire) les éditions de la chenillère, 1998, Montréal

-CIFEDHOP: Vue d'Afrique, l'éducation aux droits de l'homme, perspectives régionales no1 octobre 1996

-CIFEDHOP, valeurs démocratiques et finalités éducatives: repères pour une pédagogie des droits de l'homme et de la paix collection thématique, no 4 juin 1996

-CIFEDHOP: Vue d'Afrique, l'éducation aux droits de l'homme, perspectives régionales no2 novembre 1998, page 105 ( voir approches socio-pédagogiques de Saliou Sarr)

-FERER, C: Démocratisation de l'école à l'aube du 21ème siècle, Université de Moncton

-POTHIER, N: Prévention de conflits et la violence, conjuguer la réflexion et l'action, Avril, 1996

-PAULO, FREIRE , Pédagogie des opprimés, page 62, paris 1983:

II / rapports, textes juridiques , recommandations, communications

.-La charte des Nations Unies, juin 1945

-Déclaration universelle des droits de l'homme, 10 décembre 1948

-Pacte international relatif aux droits économiques,, sociaux et culturels, 16 décembre 1966

-Recommandation sur l'éducation pour la compréhension, la coopération et la paix internationale et l'éducation relative aux droits et libertés fondamentales, UNESCO, Paris, 19 novembre 1974

-Charte africaine des droits de l'homme et des peuples, Nairobi, juin 1981

-Convention internationale relative aux droits de l'enfant, 20 novembre 1989

-Loi d'orientation du Sénégal, du 91-22 du 16 -02-1991

-Charte de Kouroukanfouga, recueil de traditions orales, Kankan, Guinée, 4 mars 1998

-Plan d'action mondial d'éducation aux droits de l'homme et à la démocratie( Congrès international sur l'éducation aux droits de l'homme et à la démocratie, 8-11 mars 1993, Montréal, Canada .

-Rapport du secrétaire général: Questions relatives aux droits de l'homme, y compris les divers moyens de mieux assurer l'exercice effectifs des droits de l'homme et des libertés fondamentales

-Manifeste de Séville, 16 mai 1986, UNESCO

-La paix dans l'esprit des hommes, colloque de YAMOUSSOUKRO, Côte d'Ivoire, rapport final, du 26 juillet au 1er juillet 1989

-Saliou Sarr Pour prévenir les conflits, l’éducation aux droits et libertés en milieu scolaire : concepts et méthodes, ( Communication à l'université d'été de Strasbourg, 12 juillet 2000 , France, CDPDJ et Institut International des droits de l'homme)

-Saliou Sarr: Approches pédagogiques pour l'éducation aux droits et libertés en milieu scolaire (Communication à l'Université d'été de Strasbourg, 19 juillet 1999, France, CDPDJ et Institut International des droits de l'homme)

 

Saliou SARR, Formateur à l'école de Formation d'Instituteurs Germaine Legoff de Thiès, ¨Président de L'EIP-Sénégal, Membre de l'équipe pédagogique du CIFEDHOP de Genève, ancien membre de l'équipe d'animation de l'Université d'été de Strasbourg, et chargé de la promotion des droits humains dans le comité sénégalais des droits de l'homme ,Antenne de Thiès.

 

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